samedi 10 décembre 2016

La littérature enfantine, le jeu, l'imaginaire et Maria Montessori

Voilà un sujet souvent mal compris et qui peut poser soucis lorsque l'on rencontre la philosophie de Maria Montessori.

Maria Montessori, la littérature enfantine et nous:
Je dois bien avouer être très sélective et exigeante en matière de littérature enfantine. Pour moi, c'est essentiel que mon enfant ait entre les mains des ouvrages de qualité: bienveillants, doux ou encore poétiques voire artistiques. Ils respectent, pour la très grande majorité d'entre eux, les principes de Maria Montessori en la matière. Vous pouvez consulter notre rubrique, ici.
Maria Montessori est farouchement opposée aux contes traditionnels. Pourquoi? Ces "jolies histoires", inventées avant tout pour "moraliser" ou faire obéir, se jouent bien souvent de la naïveté et de la crédulité des jeunes enfants.
Pour elle, ceci n'est rien d'autre qu'un manque de respect envers les enfants.
L'enfant de moins de six ans fait difficilement la différence entre le réel et l'imaginaire. Par conséquent, ce genre d'histoires peut générer chez eux des angoisses ou de "simples" petites peurs.
Mais voilà, à l'époque de Maria Montessori, il n'y avait pas de petits lapins bienveillants en salopette!
Je veux dire par là, qu'au jour d'aujourd'hui, le domaine de la littérature enfantine a bien changé. Si, en deçà de deux/trois ans, le jeune enfant ne sait pas qu'un lapin ne peut pas porter de salopette, ce n'est pas le cas d'un enfant plus âgé. L'adulte peut tout à fait expliquer qu'un lapin comme cela ce n'est que dans les histoires, et, s'assurer que l'enfant a accès à un livre documentaire sur l'animal (ou le sujet) en question!
Chez nous, point encore d'albums avec des animaux personnifiés et encore moins d'histoires potentiellement angoissantes ou qui devancent certaines peurs.
Cependant, nous lisons quelques livres avec des animaux (dessinés de façon réalistes) qui parlent. C'est le cas de "Bébés chouettes" par exemple.
Nous avons des albums oniriques et parfois même un peu farfelus. C'est le cas de "Papa, please get the moon for me", d'Eric Carle. Les indications données sont fausses et induisent en erreur! Pour contrebalancer cela, nous discutons sur le sujet (et rétablissons la vérité), nous observons la lune lorsque c'est possible, et nous empruntons aussi régulièrement un livre documentaire sur le thème. 

Mais alors pas d'imaginaire ou de magie pour ces pauvres enfants?? Pas de poésie?
Bien sûr que si!
La magie peut être dans chaque foyer, au quotidien! La magie peut résider dans une simple bougie! C'est l'intention que l'on y met!
Et, côté imaginaire, il peut aussi y en avoir dans des albums réalistes. Il suffit de faire confiance aux enfants!
Titouan est un enfant plein d'imagination!! Il s'invente plein d'histoires, voit des animaux dans ses biscuits, etc. Et pour le coup, je sais que cela vient de lui, de nous, de son quotidien et de la vie...ou d'albums réalistes qui font tout à fait écho en lui!
Idem pour les peurs. Combien d'enfants ont peur de monstres ou de méchants loups?? Ce sont des peurs façonnées par les adultes et qui n'appartiennent pas aux enfants. Et ces derniers n'ont absolument pas besoin de cela pour avoir des peurs!!
Par ailleurs, si Maria Montessori préconise des livres réalistes pour les enfants de moins de six ans (et plus particulièrement pour les moins de trois ans), ce n'est pas le cas pour les enfants plus âgés! Par conséquent, tous ces albums avec des fées, des dragons, etc. pourront être lus ensuite. Nous pouvons aussi choisir de laisser le temps au temps :).
Pour continuer sur le thème, vous pouvez lire ce précédent article: Le livre et le tout-petit.



Maria Montessori, le jeu et nous:
Maria Montessori a observé que les enfants qui avaient le choix entre "faire en vrai" et "imiter", préféraient largement la première option.
Il n'y avait pas de jeux dans son école car elle s'est avant tout intéressée aux apprentissages. À aucun moment, au cours de mes lectures, je n'ai lu qu'elle bannissait la dinette ou autres.
Le jeu est primordial pour un jeune enfant et ce n'est pas l'EJE que je suis qui dira le contraire ;)!
Chez nous, il y a peu de jouets mais ils sont sélectionnés avec soin. Les jeux choisis favorisent la créativité et l'imagination de mon enfant. Ce qu'il préfère? Sa mini-cuisine, ses animaux Schleich et le jeu "7 amis et leur nid".
Titouan est très actif en cuisine au quotidien. Il fait tout en vrai! Mais cela ne l'empêche certainement pas d'aimer faire semblant, d'inventer des histoires, etc.
Ce serait terriblement dommage de sacrifier l'un (le réel) au profit de l'autre (le jeu). D'ailleurs, les deux se rejoignent. Lorsque Titouan joue à la marchande, il reproduit des scènes et se familiarise avec certaines situations. 
D'autre part, comme beaucoup d'enfants de son âge, mon garçon peut inventer et créer tout un tas d'histoires avec trois fois rien! Un bâton peut facilement devenir un couteau par exemple.

Et chez vous, comment ça se passe :)? Très très bon week-end !

1 commentaire:

altahine a dit…

Bonsoir Déborah,

une mise au point très intéressante comme d'habitude. :)
Ici aussi, je suis exigeante sur la qualité de notre bibliothèque, avec les mêmes critères que toi (pas de contes traditionnels chez nous pour le moment, et beaucoup de verbalisation s'ils rencontrent un sujet qui éveille des craintes ou des peurs, comme par exemple le père Noël chez nous, qui les terrorise encore cette année, personnage sur lequel je n'insiste donc pas trop : je leur dis plutôt que le "vrai" n'est que dans les histoires). Comme les enfants atteignent bientôt trois ans, ont une très bonne compréhension et que nos lectures donnent toujours lieu à moults échanges, reformulations, questions, compléments, appropriations, etc. je pense commencer à "ouvrir" davantage nos étagères à des titres qui font la part belle à différents imaginaires car tellement de beaux albums me tentent (même si nous ne pourrons jamais tous les lire) ! Je trouve vraiment la littérature pour enfants d'une très grande richesse, et je suis heureuse de voir mes enfants lire de plus en plus de façon autonome (et enfin plus soigneuse ^^), Solal surtout se plonge dans les livres matin midi et soir, et se raconte ou s'invente plein d'histoires.
J'essaie aussi de savoir parfois lâcher prise face à des albums qui leur plaisent alors qu'ils ne correspondent pas forcément à mes critères de choix, me paraissent un peu compliqués ou qu'ils ne me "parlent" pas forcément à moi (c'est le cas par exemple de l'univers de Claude Ponti dans lequel j'ai du mal à rentrer quelle qu'en soit la qualité, mais le titre "Le Tournemire" fascine Solal et Louna; ou de "Zagazou" de Quentin Blake, dont l'humour loufoque -et très drôle, pour le coup- n'est pas forcément entièrement à leur portée mais dont les métaphores très visuelles les amusent; a contrario je me dis que même dans des histoires médiocres, s'ils se plaisent à les lire, c'est qu'ils y trouvent quelque chose, et ils peuvent au moins se familiariser avec le schéma narratif).
Ça me rappelle une discussion sur le blog de BoboandCo et c'est un sujet que j'aborde aussi souvent avec ma collègue documentaliste qui pense comme moi qu'il faut faire confiance aux enfants en littérature, et que notre rôle est seulement d'être des pourvoyeurs de variété tout autant que de qualité. Il faut que les livres aient quelque chose à nous dire du monde, quelle que soit cette chose. Et d'ailleurs c'est mieux s'ils ne disent pas une seule chose, ni de manière univoque, car finalement c'est bien ça la littérature : la capacité des textes à faire naître des interprétations multiples et renouvelées. Et c'est ce qui souvent manque aux élèves "mauvais" lecteurs : la capacité à percevoir l'implicite du texte et à rentrer dans l'intertextualité (quand ils ne sont pas déjà en plein brouillard avec le signifiant littéral... mais ça c'est un autre sujet, quoique... ? )
Comme en ce moment les miens sont en pleine phase de "c'est quoi ?" et autres "pourquoi?" j'essaie aussi de ne pas oublier les documentaires (et internet est notre ami, déjà, parce que c'est plus rapide et accessible que de rechercher dans les livres pour nous, tu sais pourquoi).

Quant au jeu, tu as tout dit. Ici aussi les enfants aiment beaucoup en ce moment "aider" et faire en vrai, mais arrivent à s'inventer plein de scenarii à partir de trois fois rien (parfois plus qu'avec leurs propres jouets, mais playmobils, dînette et animaux ont bien la cote quand même, ainsi que les déguisements, ce qui est plus nouveau). On voit nettement que leur imaginaire est en plein essor (ce qui nous ramène d'ailleurs au point précédent. Et ça, j'adore (même si pour Solal c'est un imaginaire parfois un peu brutal, que nous veillons à canaliser, et je m'interroge encore d'où il sort tout ça... enfin en même temps il ne vit pas sous cloche, donc...) !
A bientôt !