vendredi 24 juin 2016

Remplacer la punition

Si vous lisez ce blog, il est fort probable que la punition ne fasse absolument pas partie de votre quotidien. Mais il se peut aussi que vous y pensiez, parfois, dans certaines situations ou lorsque vous êtes très très fatigué(e)s ou frustré(e) ou en colère...
Aujourd'hui, je vous parle des effets néfastes de la punition et je vous donne quelques alternatives, d'autres façons de susciter la coopération, partagées par Adele Faber et Elaine Mazlish.

Peut-être avez-vous été puni(e) enfant? Du coup, il est sans doute facile pour vous de vous souvenir de ce que vous ressentiez lorsque vous étiez puni(e), mis(e) à l'écart, privé(e) de quelque chose, etc.
En fonction de notre tempérament, on ne ressentira pas nécessairement la même chose. Certains éprouvent de la colère, de la rancoeur, une envie de vengeance. D'autres se sentent humiliés ou rejetés. D'autres encore se sentent pitoyables...
Quoi qu'il en soit, on ne ressent rien de bien positif à être puni(e).
Souvent d'ailleurs, on se souvient du sentiment mais plus de la bêtise ou de la faute commise..
Car puni(e), seul(e) dans sa chambre, l'enfant est rarement en train de se dire "J'ai tapé Maman, c'est pas possible. La prochaine fois, je lui dirais avec des mots lorsque je suis en colère". Non, a priori, l'enfant en question est plutôt en train de se dire: "Maman est méchante!! Moi j'avais besoin d'un câlin, j'ai passé une mauvaise journée. Elle n'a rien compris!", ou "Maman a raison. Je suis méchant".
Avez-vous remarqué, tout simplement, que la punition ne marche pas sur le long terme?? Certes, cela arrête un comportement sur le moment...mais l'enfant recommence! Parfois, quelques minutes après avoir été puni! Au lieu d'amener l'enfant à regretter ce qu'il vient de faire et à réfléchir aux façons de se reprendre, la punition le remplit de désir de vengeance.
Dans tous les cas, en punissant un enfant on ne lui laisse pas la possibilité de faire l'expérience d'un processus intérieur très important, celui de faire face à sa mauvaise conduite et de prendre ses responsabilités.
Voilà quelques habiletés proposées par Adele Faber et Elaine Mazlish:

1. Exprimez vos sentiments avec vigueur, sans attaquer la personnalité de l'enfant
"Je suis furieux de voir qu'on a laissé ma nouvelle scie dehors à rouiller sous la pluie!"

2. Exprimez vos attentes 
"Je m'attends à ce qu'on rapporte les outils qu'on m'a empruntés"

3. Montrez à l'enfant comment redresser la situation
"Cette scie a maintenant grand besoin d'un peu de laine d'acier et de beaucoup d'huile de coude"

4. Offrez un choix à l'enfant
"Tu peux emprunter mes outils et les rapporter ou bien tu peux dire adieu au privilège de t'en servir. À toi de choisir"

5. Passez à l'action
L'enfant: "Pourquoi le cadenas sur la boîte à outils?"
Le père: "Dis-moi pourquoi."

6. Utilisez la résolution de problème
"Que pouvons-nous faire pour que tu puisses utiliser mes outils quand tu en as besoin, et pour que je sois certain de les retrouver quand j'en ai besoin?"

Pour en savoir plus, je vous invite à lire "Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent".

Enfin, une petite idée que j'aime bien, lue dans "La discipline positive" de Jane Nelsen est le fait de créer un espace en cas de crise du parent ou de l'enfant. Lorsque l'un ou l'autre est en colère, il peut s'y réfugier. Il peut aussi inviter quelqu'un à venir avec lui au besoin. L'adulte montrera l'exemple :).
Pourquoi j'aime bien cette idée? J'ai remarqué que lorsqu'un "Je vais te punir" traverse l'esprit du parent, c'est souvent qu'il a envie de crier : "Je n'en peux plus!!". Et lorsque l'on n'en peut plus, on a besoin de se calmer. C'est notre problème. Pas celui de l'enfant. Bien sûr si notre grosse colère a été provoquée par notre enfant, alors on pourra exprimer ses sentiments et ses attentes...une fois calmé(e) ;). Ça sortira sans doute mieux ainsi :D!
À la maison, nous n'avons pas la place de créer cet endroit. Toutefois, lorsque je sens la colère (trop) monter en moi et que clairement, Titouan y est pour quelque chose, je lui dis que j'ai besoin d'un temps de calme et je m'enferme, seule, dans une pièce. Cela ne dure pas longtemps. Deux minutes peut-être. Le temps de respirer et de réfléchir à comment je vais lui dire les choses de façon à ce que cela ne l'attaque pas lui.
Vous vous en doutez, Titouan ne m'attends pas derrière la porte avec un livre...! Il tambourine à la porte, pleure, me dit qu'il est, du coup, lui aussi en colère, etc. Nous en discutons ensuite après un gros gros câlin :).



Et vous, avez-vous déjà ressenti cette envie de punir votre enfant?
Avez-vous d'autres manières de procéder?

Bon week-end à vous :).

7 commentaires:

altahine a dit…

Bonjour, et merci pour ton retour avec cet article !
J'ai déjà ressenti le "j'en peux plus!", la fureur et l'impuissance peut-être plus que l'envie de punir car je suis convaincue de la contre-productivité de la punition (et je me souviens assez bien des sentiments négatifs éprouvés lors d'une punition ,même si je pense avoir été une enfant peu punie car plutôt docile - ou peut-être facilement intimidée ?)...
J'ai tendance à faire comme toi dans ces cas-là, m'isoler en m'enfermant (et la réaction des enfants est la même ^^) pour reprendre un peu le contrôle de moi-même avant de tenter une sortie (dans tous les sens du terme).
J'ai l'impression de pratiquer tant bien que mal les pistes dont tu parles, mais j'ai quand même une question par rapport à la formulation des sentiments "sans attaquer la personnalité de l'enfant" : en quoi dire "tu" à la place de "on" serait-il une attaque, tant qu'on n'est pas dans le jugement et le dénigrement mais qu'on reste dans le factuel ? (ex: "Je suis furieux de voir que tu as laissé ma scie dehors...etc." me semble factuel, et non une attaque personnelle; ça me paraît équivalent à "quand tu laisses ma scie dehors sous la pluie et qu'elle rouille, je me sens furieux parce que... etc." qui est, si je ne me trompe, une des pistes prônées par Gordon ?) (dis-moi si j'ai tout faux).
Parce que sans chercher à humilier l'enfant, il me semble important qu'il entende que c'est bien sa conduite (ce qui diffère bien de sa personne) qui nous a contrarié. Qu'en penses-tu ?
Bref, je trouve tout ça important et ça me fait réfléchir, mais j'ai l'impression malheureusement que c'est une logique qui reste très étrangère à beaucoup de gens...
Bon week end Déborah !

Déborah D. a dit…

Bonjour Altahine et merci pour ta contribution et tes réflexions très intéressantes :)
Pour Gordon, je suis loin d'être une spécialiste, du coup je ne peux pas trop te répondre...
Par contre, en ce qui concerne le fait d'exprimer ses sentiments sans attaquer la personnalité de l'enfant, voilà mon avis: En réalité même si nous disons "on", l'enfant sait très bien qu'il est responsable, mais nous ne l'accusons pas pour autant. Le cheminent "Je m'en veux d'avoir laissé traîner la scie" viendra à l'enfant parce qu'il se sentira responsable de l'action (et non coupable). Cela viendra petit à petit.
D'autre part, que ce soit mon fils, ma tante ou une amie qui laisse traîner ma scie sous la pluie, je serai furieuse de la même façon. C'est donc l'action qui me rend furieuse. Nous pouvons donc aussi dire "on" même si nous le prenons sur le fait...
Je ne sais pas si je suis suffisamment clair? Et si tu partages ce point de vue?
Ce n'est vraiment pas facile tout ça!
Après, bien sûr, comme à chaque fois, ce n'est que mon ressenti ;).
Bon week-end à toi et ta petite famille! Tu dois avoir bien hâte d'être en vacances!!

altahine a dit…

Oui oui, c'est parfaitement clair. Je comprends ton point de vue sur la généralité de l'action qui rend furieux, il se justifie bien. J'essaierai de m'en souvenir la prochaine fois que j'aurai un reproche à formuler et d'observer ce que ça donne.
Oui, j'ai plus que hâte d'être en vacances ! :)

Elodie a dit…

Merci beaucoup pour ces remarques et reflexions! j'avoue ne jamais avoir pensé à la punition, dans le sens où expliquer l'action à fils de deux ans suffit en général. Je lui explique pourquoi je ne veux pas qu'il crie sur le chat, ou joue avec de l'eau sur la moquette (!) et tout se passe bien. par contre, j'ai une interrogation: l'heure du coucher est une source de frustration pour mon petit, qui ne veut en général par aller se coucher. C'est une phase qui dure dpuis quelques mois, sans que je comprenne les causes de sa réaction (jour qui dure, il grandit, les deux??)Du coup, j'installe un compte à rebours: encore deux livres, c'est la dernière comptine...A chaque fois il me dit "oui", et puis rien n'empêche sa frustration et les pleurs ou râles qui vont avec...je pense qu'il ne comprend pas, mais je ne sais pas comment faire..Avez-vous des idées, des partages d'expériences?

Anonyme a dit…

Coucou Déborah,ici pas de punitions ni récompenses. Mais j'ai beaucoup de chance je dois l'avouer car avec Alex expliquer calmement à toujours suffit en général.Il ne fait jamais de grosses colères (contrairement à moi petite car il parait que je tapai la tête à terre et cela même en pleine rue hum hum)Bien sûr il fait savoir quand il n'est pas d'accord et là en général j'essaye d'appliquer tous tes conseils souvent lus sur le blog et cela ne pars jamais en grosses colères (souvent quand il continue de pleurer de râge c'est en général de fatigue et là un petit dodo et il se réveille de super bonne humeur;))Mais si cela devait arriver et que je n'arriverai plus à gérer ou aurai besoin de me calmée je pense que je ferai comme toi et m'isolerai aussi quelques minutes...A très bientôt:)Barbara

Anna Dupois a dit…

Coucou,
Je partage ton avis, car je suis contre les châtiments corporels ! Je trouve que c’est un acte barbare, et je déteste la violence. Par ailleurs, je pense que dans certains cas, il suffit de parler aux enfants pour qu’ils comprennent.

Déborah D. a dit…

Bonjour Élodie et désolée de cette réponse plus que tardive!
Je suppose que la situation a évolué depuis, ce serait très intéressant que vous veniez, à l'occasion, nous raconter tout ça 🙂.
Par ailleurs, voici quelques idées...
Il se peut que votre enfant ait besoin de se décharger avant d'aller se coucher. Il vous raconte à sa façon les petits ou gros tracas de sa journée.
Il est possible aussi qu'il ait désormais un peu peur du noir, du coup une petite veilleuse serait peut être à essayer.
Peut-être aussi est-ce l'heure du coucher qui ne lui convient plus? Ou le rituel?
Effectivement un compte à rebours est difficile à comprendre pour un si jeune enfant. Vous pouvez essayer de lui formuler différemment, de lui énoncer le rituel.
Je vous souhaite plein de bonnes choses avec votre petit garçon.
A bientôt 🙂