mercredi 6 avril 2016

Lui faire confiance

Après l'article, "Le laisser faire ses propres expériences", voici un autre billet, cette fois centré sur la confiance que l'on accorde (ou pas) à son enfant.
Ceci est simplement une réflexion personnelle qui fera peut-être écho en vous :).
Faire confiance à son enfant c'est avant tout se faire confiance à soi-même. Et parfois, ce n'est vraiment pas facile.
Faire confiance à son enfant c'est aussi apprendre à gérer ses peurs d'adulte. Et là encore, c'est loin d'être évident pour tout le monde!
C'est ce que je vais, entre autres choses, développer aujourd'hui.
Titouan a 2 ans. La confiance que je lui accorde est celle proportionnelle à son âge..entendez par là que je ne lui fais pas confiance pour aller faire les courses seul par exemple ^^. Cela parait risible dit comme ça mais il me semble important de replacer le tout dans un contexte. Cet article s'adresse aux éducateurs (au sens large du terme) d'un enfant de moins de 4 ans ;). Au-delà, d'autres clés existent et seront nettement plus adaptées.

Un événement m'a sérieusement amené à me questionner à ce sujet. Je vous raconte:
Titouan et moi, nous nous sommes rendus à un "atelier bienveillant centré sur la pédagogie Montessori", il y a quelques mois. 
L'éducatrice lui propose un jeu de transvasement avec de petits oeufs en céramique. Titouan est un petit garçon qui aime découvrir le monde et il aurait tendance à facilement mettre à la bouche. Du coup, lorsque je vois ce matériel, je prends peur. Je me dis que s'il mettait l'un de ses oeufs à la bouche et qu'il partait en courant avec (comme c'est déjà arrivé de nombreuses fois, par jeu), ou que.., etc,..il y a quand même un gros risque pour ça se termine par un accident. Alors, je demande à l'éducatrice de lui proposer autre chose. Elle s'offusque ne voyant pas où est le problème dans le mesure où il est normal qu'un enfant mette à la bouche. Je lui réponds que je n'ai absolument rien contre le fait qu'il procède ainsi (bien au contraire) mais que là, le matériel en question, présente un danger que je préfère ne pas prendre. Une autre maman prend part à la discussion en disant que ce matériel, lui fait très peur également. L'éducatrice range le matériel et en propose un autre à Titouan..
Outre le fait que j'ai été très déçue par l'attitude méprisante et jugeante de l'animatrice, je me suis confrontée au fait que, parfois, c'était ma peur à moi qui amenait mon garçon à réagir de telle façon. En effet, bien sûr que Titouan met "pour de vrai" à la bouche mais cette attitude n'est-elle pas renforcée par mon comportement à moi? Si j'en crois Isabelle Filliozat, il y a fort à parier que si ;)!
Voilà l'une de mes peurs d'adulte qui empêche mon enfant de vivre une expérience... Et il est fort probable que chaque adulte que nous sommes ayons en nous une ou plusieurs peurs qui nous empêchent ou qui empêchent notre enfant d'agir ou de prendre un risque.
Le fait d'en prendre conscience c'est déjà pas mal je trouve ;).

En faisant confiance à notre enfant, nous allons lui donner quelques clés pour lui donner confiance en lui.

Titouan est un petit garçon très autonome. Il prend des risques mesurés aussi. Je le laisse expérimenter beaucoup beaucoup de choses. Je lui fais confiance et l'encourage :).
Lorsqu'il est en face d'un danger potentiel (pas au bord d'un précipice donc ^^), je l'informe du danger et/ou je lui dis: "Tu risques de glisser/tomber/te mouiller, etc." au lieu de "Tu vas glisser/tomber/te mouiller", parce qu'après tout, ça, je n'en sais rien..! Tant qu'il n'est pas tombé il n'y a rien de sûre ;). Et d'ailleurs, cela arrive si peu! Combien de fois, lui ai-je dis: "Ça peut être dangereux. Tu risques de tomber." Et que, finalement..rien ne se passe ;). J'aurais eu donc l'air bien mal si je lui avais dit "Tu vas.." ;).

J'essaie alors d'être présente mais pas trop. Au square, par exemple, j'essaie de ne pas être ce "parent hélicoptère" qui surprotège son enfant. J'essaie d'être à une juste distance, celle qui le rassure tout en lui laissant la place de faire des expériences et même de se mettre (un peu) en danger :).
Il joue "très" longtemps (20/30mn) dans une pièce de la maison, sans que je ne le vois ou même ne l'entende. Lorsque quelque chose de particulier se passe..Titouan vient me chercher!!
Je lui fais confiance sur le fait qu'il ne se mettra pas en danger volontairement.  Et notre appartement est adapté à lui et sécurisé.

Je lui fais également grandement confiance dans ses apprentissages:
Les apprentissages autonomes
Apprendre à son enfant?

Mais "Je te fais confiance" ne signifie pas "Vas-y débrouille toi!". Un petit enfant a besoin d'être materné, cajolé afin de "faire le plein d'amour" et de décider, de lui-même (ou avec un peu d'aide ;)), quand c'est le bon moment pour lui de faire seul pour: manger, aller sur le pot, dormir seul, s'habiller, aller faire une course, etc.
On devrait aussi lui laisser le droit de régresser pour un temps...Il a peut-être simplement besoin de refaire le plein ;)!
Et chaque enfant est différent, avec sa singularité et ses besoins spécifiques. Il aura des périodes avec et des périodes sans. Et, par conséquent, en fonction de notre enfant, nous aurons à travailler plus ou moins sur nos propres peurs ;).

Belle journée à vous :).

7 commentaires:

Géraldine a dit…

Un article qui "oblige" les parents à se recentrer, pour pouvoir ouvrir des possibles aux enfants. Ca fait du bien ;-), merci.

Déborah Defaux a dit…

Merci à toi :). Cet article c'est une petite piqûre de rappel pour moi aussi ;)!! À très bientôt Géraldine

altahine a dit…

Ah ! lala, cette histoire de confiance en soi avant tout, c'est tout un problème...
Il y a des années, en observant une copine être tout le temps derrière le dos de son petit garçon, je me disais qu'elle exagérait vraiment et qu'elle pouvait largement le laisser respirer beaucoup plus par rapport au risque encouru (dans un parc, il courait sur un chemin bien dégagé qui faisait le tour d'un plan d'eau, mais le chemin était à une dizaine de mètres de la berge et le petit le suivait certes en courant mais sans faire mine d'aller vers l'eau).
Et maintenant il m'arrive des moments où je me surprends à être super alarmiste envers les enfants (je dois leur dire au moins 10 fois par jour "tu risques de te faire mal" :-/)... mais bon, par exemple, avant-hier Solal est tombé deux (trois?) fois (canapé et escalier) et chez nous, même avec aménagements il est impossible de les empêcher complètement d'avoir accès à l'escalier, où ils traînent parfois allègrement avec eux chaise ou trottinette malgré mes explications, avertissements, surveillances, etc. C'est sûr qu'il faut apprendre à leur faire confiance (et globalement vu tout ce qu'ils font c'est plutôt le cas) mais quand je vois des équilibres instables au bord de la dernière marche au risque de basculer en arrière, ou des sauts pour descendre d'une marche à l'autre, même en n'étant pas loin, mon cœur saute un battement... surtout qu'ici, il n'y a pas de Samu et que je n'ai pas tout le temps la voiture...
Mais bon, quand nous ne sommes pas à la maison et qu'ils sont uniquement sous la surveillance de leur dada, qui les surveille tout en préparant leur repas, elle nous signale parfois des "bêtises" (du type escalade de table) mais il n'y a jamais eu d'accident, donc sûrement que mon comportement est moins zen que le sien.
Je fais des efforts, mais pfff... Ton article m'invite à reconsidérer le problème.

Déborah Defaux a dit…

Bonsoir Nathalie,

jamais facile ces "justes milieux" à adopter je trouve! Entre le trop ou le pas assez..
Je suis comme toi, je frémis régulièrement même si j'essaie de me raisonner, etc. Et que, dans l'ensemble, je suis plutôt tranquille sur plein de choses..Il grimpe, escalade..et parfois c'est objectivement (très) haut! Mais je ne suis pas encore à l'aise lorsqu'il est près d'un cours d'eau, par exemple.
Très bon week-end à vous :)

a dit…

ce billet résonne beaucoup en moi... tous les jours je me dis " Cé, arrête de lui dire "fais attention"" ou " Cé, combien de fois tu lui as dit "tu risques de...?" !!! J'ai clairement conscience que mes peurs d'adulte ( qui, pour certaines sont d'anciennes peurs/traumatismes de mon enfance) freinent ma fille ( 27 mois) parfois... Et je me rends compte que cela à souvent lieu lorsqu'on est en extérieur... alors qu'à l'intérieur/ à la maison, j'arrive à lui laisse beaucoup plus de champs libre à l'expérience... Heureusement, le papa est là pour contre balancer avec moi !!! ^^

Anonyme a dit…

Bonsoir Deborah,alors moi je dois très souvent me raisonnée!Et les cours d'eau là c'est la panique totale car je ne sais pas nager et donc toujours peur qu'il tombe à l'eau:( C'est un billet très intéressant qui porte à la réflexion,mais je pense qu'il faut aussi suivre notre intuition de maman;)A très bientôt:) Barbara

Déborah Defaux a dit…

@ Cé: Ici aussi, heureusement que le papa est là! Cela rééquilibre les choses ;). À nous deux, je crois qu'on arrive finalement à un juste milieu ;). Merci de ton petit mot :). À bientôt!

@ Barbara: J'imagine combien tu peux te sentir impuissante devant un cours d'eau..!! On peut ressentir comme une perte de contrôle, et le fait que tu ne saches pas nager doit décupler tout ça..
Malheureusement, il n'est pas toujours facile, pour tout le monde, de faire la part des choses entre son "instinct" ou ses peurs.
Très bonne soirée Barbara et à très bientôt :).