dimanche 21 février 2016

Le laisser faire ses propres expériences

Lorsque Titouan essaie, par exemple, de faire entrer une balle qui est visiblement trop petite pour l'ouverture, lorsqu'il veut faire quelque chose qui est, objectivement, impossible à réaliser, je ne lui dit pas :"Mais non tu n'y arriveras pas! Mais non ce n'est pas possible! Tu vois bien que ça ne passe pas! Mais enfin ça ne sert pas à ça!". Je le laisse se rendre compte par lui-même que c'est impossible ou que ce n'est pas adapté. Et pendant qu'il essaie, je l'observe en silence ou je commente: "Tu aimerais faire entrer ce cube dans l'ouverture ronde." Parfois, je constate avec lui :"Ah oui ça ne marche pas tu as raison!".
Pourquoi? En devançant un enfant sur ses découvertes, on freine alors chez lui ce sentiment pourtant inné qu'est la curiosité. On "tue" petit à petit cette âme de petits scientifiques en herbe, cette flamme de comprendre le monde, de "comment ça marche?", cette volonté naturelle d'apprendre.
Par ailleurs, c'est en faisant nos propres expériences que l'on apprend le mieux de nos "erreurs". Comprendre par soi-même a bien plus de valeur et d'intérêt que si tout nous est servi sur un plateau.
L'enfant prendra confiance dans sa capacité à comprendre les choses tout seul.

Pourtant de nombreux adultes ne peuvent s'empêcher de commenter car, il semblerait, qu'ils pensent rendre service aux enfants et qu'ils auraient envie de leur épargner d'avoir à essayer quelque chose (qui ne marchera pas) pour rien. Cela part donc d'une bonne intention.

Or, la meilleure façon de rendre service à un enfant est de lui offrir la chance de se tromper. Il en apprendra alors bien plus sur lui, ses forces et ses limites. C'est par l'erreur que l'on apprend :).
John Holt ("Les apprentissages autonomes") nous explique que l’enfant aura tendance à prendre les corrections comme des reproches, voire une insulte à son intelligence. Même quand les corrections sont formulées gentiment, l’enfant les prendra comme des marques de manque de confiance et de mépris :
"Tu n’es pas assez intelligent(e) pour comprendre par toi-même."
"Si je ne te corrige pas, tu ne seras pas capable d’apprendre tout seul."
Un enfant qui reçoit une explication ou une correction qu’il n’a pas sollicitée alors qu’il est en train de faire un effort pour comprendre, ressentira une grande frustration, source de colère.
Un enfant qui suit systématiquement les suggestions des adultes risque de penser que les bonnes idées ne viennent que des adultes. Ses capacités à prendre des initiatives, à faire preuve d’esprit critique, à être autonome passent pourtant par l’élaboration de ses propres idées.

Parfois, mon garçon prend des risques mesurés. Là encore, je le laisse faire. Mais pas n'importe comment. Je l'informe du danger : "La terre est mouillée. Ça glisse.", ou de ce qui pourrait arriver  "Quand on court très vite dans une pente on peut tomber.", ou "C'est haut! Tu peux y aller en étant prudent". Et je l'accompagne dans ce défi, dans cette expérience.
Il arrive aussi que je ne me sente pas capable de l'accompagner. Parce que je trouve que c'est bien trop haut par exemple. Dans ce cas, je le laisse expérimenter...avec son papa, qui, lui, a nettement moins de peurs ou d'appréhensions que moi :)!
Et vous, qu'en pensez-vous?

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Bonsoir Deborah,comme toi je laisse Alexandre faire ses propres expériences et essaye le plus possible de réagir comme tu le décris (et en disant plutôt des phrases comme "tu risques de..." plutôt que "tu vas..."). Par contre je suis une grande trouillarde et j'essaye de me contrôler haha;)!Passe une bonne fin de soirée:)Barbara

altahine a dit…

Bonjour,
comme toi et Barbara, j'en pense que c'est important de découvrir et tester les choses par soi-même, de toutes façons Solal est assez du genre à "n'en faire qu'à sa tête"; Louna aime aussi beaucoup expérimenter, mais elle est moins intrépide et plus accessible au raisonnement, à la discussion.
Alors le plus possible je les laisse faire leurs expériences : qu'ils se "trompent" sur quelque chose ne me dérange pas, mais j'avoue que souvent je suis assez stressée des risques physiques encourus pour certaines expériences... La semaine dernière Solal est tombé du toboggan (il remontait la pente et a voulu se retourner pour s'asseoir et glisser de nouveau), je n'étais pas là (ça n'aurait sans doute rien changé du tout) mais j'ai pu voir la chute car son père filmait le jeu, et franchement c'est un miracle qu'il ne s'en soit sorti qu'avec une minuscule égratignure. :/
Bon, sinon, on reste zen... :)

Déborah Defaux a dit…

@ Barbara: Tout comme toi, nous utilisons la phrase "Tu risques.." plutôt que la maladroite "Tu vas..". Je fais confiance à mon garçon sur de très nombreux points et lorsque j'ai trop peur je laisse son papa gérer..Car, on est bien d'accord que lorsque je passe le relais au papa c'est que je sais que, raisonnablement, il y a peu de risques et qu'il s'agit seulement de ma peur..qui n'appartient qu'à moi!
À bientôt :)

@ altahine: C'est parfois difficile de les laisser gérer la hauteur, etc. Souvent, ce que je fais dans ces cas là, c'est que je reste pas loin, une main prête à intervenir au cas où..mais que je le laisse faire et prendre des risques tout de même.
Titouan est plutôt prudent la plupart du temps et sait souvent renoncer lorsqu'il le faut.
Et comme toi, j'essaie de rester zen lorsque je le vois expérimenter des trucs risqués avec son papa!!
Bonne journée :)