lundi 29 février 2016

Accueillir les sentiments

Les enfants ont besoin que l'on accueille et que l'on respecte leurs sentiments.

Accueillir un sentiment ne veut pas nécessairement dire comprendre l'autre! 
Demander à un enfant « Pourquoi tu es en colère ? / Pourquoi tu as réagi comme ça ? / Pourquoi tu pleures ? » l’oblige à analyser des sentiments qui ne lui font pas plaisir et qu'il ne comprend peut-être pas encore.
Si l’enfant a le sentiment qu’il pleure pour quelque chose qui n’est pas grave pour le parent, il en aura honte et refusera de parler. Le « pourquoi ? » n’est pas adroit. Il va imaginer que vous pensez : « Tu pleures pour ça ?! »
Mieux vaut faire un constat : « Je vois que tu es triste. » C’est plus facile pour l’enfant de répondre à un adulte qui l'accueille plutôt qu'à un adulte qui le presse de questions. 

Voici ce que proposent Adele Faber et Elaine Mazlish :
1. Ecoutez en silence et avec attention.
C'est beaucoup plus facile de dire ses problèmes à quelqu'un qui est réellement à l'écoute. Pas besoin de répondre. Souvent, tout ce dont l'enfant a besoin, c'est d'un silence empathique. 
2. Accueillez les sentiments à l'aide d'un mot: "Oh!...Hum!...Je vois!".
De simples "Oh!...Hum!...Je vois!" peuvent être très utiles à l'enfant. Énoncé avec une attitude bienveillante, un mot de ce genre l'invite à explorer ses propres pensées et ses sentiments, et peut-être à trouver ses propres solutions.
3. Nommez le sentiment.
"Ça a l'air frustrant."
D'habitude, les parents ne donnent pas ce genre de réponse, parce qu'ils craignent d'aggraver le sentiment s'ils lui donnent un nom. C'est exactement le contraire qui se produit. En entendant les mots qui précisent ce qu'il vit, l'enfant se sent profondément réconforté. Quelqu'un a reconnu son expérience intérieure.
4. Utilisez l'imaginaire pour leur offrir ce qu'ils souhaitent.
"J'aimerais faire mûrir la banane pour toi tout de suite"
Quand les enfants désirent quelque chose qu'ils ne peuvent avoir, les adultes répondent d'habitude en leur expliquant logiquement pourquoi ils ne peuvent l'obtenir. Souvent, plus on explique, plus ils protestent.
Le seul fait que quelqu'un comprenne combien on désire quelque chose rend parfois la réalité plus facile à supporter.

Adele Faber et Elaine Mazlish, précisent que nous pouvons accueillir tous les sentiments et que nous devons limiter certaines actions: "Je vois combien tu es fâché contre ton frère. Dis-le lui avec des mots, pas avec tes poings."
En validant l'émotion, il ne s'agit donc pas du tout de valider la "mauvaise" action.

En ce moment, par exemple, Titouan aurait tendance à téter beaucoup..beaucoup trop à mon goût.
Je lui refuse donc certaines d'entre elles. Et bien entendu cela ne se passe pas sans protestation de sa part. Je mets alors des mots sur ses émotions: "Tu es fâché. Tu aimerais téter. Tu avais très envie de téter. Le problème c'est que je suis fatiguée. On peut se faire un câlin à la place."
Je valide ses émotions tout en restant à l'écoute de mon besoin: "Oui tu trouves peut-être cela injuste. Tu as le droit d'être en colère!". Il n'est pas question de "céder" et de faire passer son envie avant mon besoin. (Car, on est bien d'accord qu'à 2 ans, l'allaitement relève surtout du plaisir et non d'un besoin vital).
Mais, même si nous disons à nos enfants la "phrase parfaite", cela ne dit pas qu'ils vont réagir..sans réagir ;). Titouan ne s'arrête pas immédiatement de protester! Tout simplement parce que sa colère/peine/frustration a besoin de sortir!! Et quant à moi je l'écoute du mieux que je peux ;).

Prenons l'exemple de deux enfants d'une même fratrie qui se chamaillent. Ils jouent à un jeu de société et l'un d'eux perd. Son frère, le "gagnant", jubile d'avoir gagné. Le "perdant" est vexé et en colère. Il s'emporte, jette le plateau de jeu par terre, etc. Vous trouvez peut-être sa réaction disproportionnée. Vous avez très envie de lui dire que c'est du grand n'importe quoi.
Derrière une réaction disproportionnée, se cache souvent un besoin non satisfait. Ce n'est pas nécessairement la situation en elle-même qui suscite tous ses sentiments mais un ensemble de choses, ou un événement passé qui fait écho.
Dans ce cas précis, il s'agit non seulement d'écouter les sentiments de votre enfant mais également de lui montrer comment redresser la situation.
On peut imaginer la conversation suivante:
Vous: "Quand ton frère a gagné, cela t'as fait de la peine n'est-ce pas?"
Lui: "Oui.."
Vous: "Je vois!"
Lui: "C'est toujours lui qui gagne!!"
Vous: "Ce serait tellement chouette si on pouvait gagner tout le temps!"
Etc.
Vous pouvez terminer la conversation en lui disant: "Quand tu seras prêt, le plateau de jeu aurait besoin d'être rangé. Et je serai là pour t'aider à le faire :)".
Par ailleurs, une discussion avec le "gagnant" s'impose afin de chercher ensemble une solution pour éviter que la situation ne se reproduise. (Et, petit aparté, les jeux coopératifs sont géniaux pour éviter ce genre de situation ;).)

Au besoin, pour aller plus loin dans la réflexion, je vous invite à lire l'ouvrage "Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent.", d'Adele Faber et Elaine Mazlish.
Le titre "Au coeur des émotions de l'enfant", d'Isabelle Filliozat, est une véritable bible sur le sujet!
Vous pouvez aussi relire les précédents articles du blog:

8 commentaires:

Anonyme a dit…

Bonjour Deborah,excellent article et je suis entièrement d'accord!Par exemple ajd,on a promené Alex et moi plus de 2h dans un parc près de chez nous et en rentrant il pleurait (il ne voulait pas rentré).Je lui ai dit: "Je comprends que tu es triste tu aurai préféré resté encore dehors car tu t'amusai bien,mais on devait rentré pour mangé etc.On reviendra encore ici comme je vois que cette promenade t'a beaucoup plu etc"et cela a très vite calmé la crise;) Pour ce qui concerne les têtées comme tu le sais j'allaite Alex,et je te rassure j'ai eu comme toi des périodes justement au même âge que Titouan ou Alex voulait têter sans arrêt et PARTOUT (à la maison,dehors,devant n'importe qui etc)et quand je refusai c'était des crises terribles!J'expliquai comme toi que j'étais fatiguée etc enfin bref c'est passé pour finir;)Les livres dont tu parles m'intéressent fortement;)Belle semaine à toi et Titouan;)Barbara

altahine a dit…

Coucou,

eh bien voilà encore un article qui fait écho pour moi, tout spécialement cette partie : "nous pouvons accueillir tous les sentiments et nous devons limiter certaines actions: "Je vois combien tu es fâché contre ton frère. Dis-le lui avec des mots, pas avec tes poings."
En validant l'émotion, il ne s'agit donc pas du tout de valider la "mauvaise" action."
C'est exactement ce que je suis fréquemment amenée à dire à mes enfants en ce moment, soit que des gestes brutaux apparaissent suite à une contrariété (main levée pour taper ou pousser, etc.) soit que les deux veuillent le même jouet au même moment... ;)
Et je suis bien d'accord sur les jeux coopératifs, c'est d'ailleurs ce que j'ai choisi pour leurs premiers jeux de société.
Mais bon, fort heureusement, en dehors de brefs moments de chamaillerie ou frustration, je les entends beaucoup plus rire ensemble que le contraire, ouf. :)

Déborah Defaux a dit…

@ Barbara: Merci Barbara pour ton partage d'expérience!
Et concernant l'allaitement, ça me rassure grandement :).
Titouan a été malade puis ce fut mon tour...au total donc presque une semaine de nuits très difficiles et de journées..difficiles aussi. Sans compter que juste avant il a eu de douloureuses poussées dentaires.. Bref! Nous commençons à aller mieux :).
À très bientôt!

@ altahine: J'ai pu constater que beaucoup d'adultes pensaient "valider" voire "encourager" la mauvaise action en accueillant le sentiment. Or ce n'est pas du tout le cas et c'est parfois très difficile à comprendre pour certains.
Je parlerai prochainement des jeux coopératifs :). Titouan ne connait pas encore..cela fera partie de ses cadeaux d'anniversaire :)!
Toujours en vacances?
Très bonne soirée à toi :).

Anonyme a dit…

Je te comprends c'est souvent épuisant (ici aussi Alex malade puis moi,puis j'ai eu un torticoli au point de ne plus savoir rien faire si je n'avais pas de calmants:( )En plus si Titouan a eu de fortes poussées dentaires peux être qu'en têtant cela l'apaisai,le rassurai...?L'anniversaire de Titouan approche;)Tu dois être surement dans tes préparatifs;)Belles journée à tous les 2 et soignez vous bien:)Barbara

altahine a dit…

Bonsoir,
encore en vacances jusqu'à la fin de la semaine, oui. :)
Pour les jeux coopératifs, en fait pour le moment les enfants s'amusent surtout avec les fruits, personnage, dé, cartes, etc... du "Premier verger" mais même si ce n'est pas très difficile, on n'a joué encore qu'une seule fois en essayant d'appliquer les règles, et ils ont encore un peu de mal. Mais ils réclament de manipuler ce jeu presque quotidiennement et je pense que bientôt on y jouera "vraiment" et le concept est très sympa puisqu'on gagne ou on perd tous ensemble.

Domnica a dit…

Bon et joyeux anniversaire à Titouan. Félicitations à vous et bonne fête !

Géraldine a dit…

Bel anniversaire Titouan ! Profite bien de toutes ces fêtes avec les gens que tu aimes et qui t'aiment (je suis certaine que vas devoir souffler plusieurs fois les bougies);-).
Sinon ta maman a rédigé pleins d'articles supers que l'on a pas eu le temps de commenter, mais tu pourras lui dire que c'était super ;-), merci.

Déborah Defaux a dit…

@ Barbara: Merci :)! Oui je crois aussi que ça le rassurait..J'espère que tu vas mieux! À très vite :)

@ altahine: Profites en bien alors!! Merci pour ton retour d'expérience! Titouan a commencé à regarder le jeu du premier verger et en effet pour le moment les fruits et le corbeau lui plaisent beaucoup ;)!

@ Domnica: Merci!! Et bienvenue par ici :)

@ Géraldine: Merci Géraldine! Ce fut une très chouette première journée d'anniversaire! Car, comme tu t'en doutes, d'autres nous attendent en effet ;)!
À très bientôt, bonne soirée :)