samedi 5 décembre 2015

Apprendre à son enfant?

Je fais partie d'un groupe de parents qui discutent autour de la pédagogie Montessori, entre autres. Et, quelque chose revient souvent dans les discussions. Certaines mamans (oui, il y a peu de papas) proposent des activités en veux-tu en voilà à leur enfant. L'intention est chouette et souvent l'idée est de faire plaisir à son petit.
En tant qu'EJE, j'ai eu des périodes comme ça, où je proposais énormément de choses aux enfants. Souvent parce que, parfois, la pression parentale était telle que je tombais dans le piège de la production..
Lorsque j'entends parler ces mamans, les activités proposées sont souvent d'ordre scolaire. Rarement, on parlera de la motricité de son enfant. Mais, on s'étalera sur les "apprentissages" fraîchement acquis, autour de notions bien précises: chiffres, couleurs, formes, lettres, vocabulaire.
Je crois que proposer toutes ces activités donne, peut-être, le sentiment d'être un bon parent. Ça fait "bien"..
Ou alors parce que ces personnes s'imaginent qu'elles doivent "occuper" leur enfant?
Aujourd'hui maman, je ne me laisse pas avoir par cette idée reçue. Je sais que ce dont mon fils a le plus besoin c'est de ma présence et de celle de son papa :). Ce dont il a besoin, c'est de notre bienveillance, notre respect, notre confiance. Ce dont il a besoin c'est de pouvoir être acteur et autonome, au quotidien. Ce dont il a besoin c'est de Nature! Ce dont il a besoin c'est de jouer! Seul, avec moi, avec son papa, tous les trois, avec d'autres enfants et d'autres adultes. Lors du jeu, il se produit plein de choses. Le petit enfant fait tout un tas d'expérience, fait des tests, etc. Et puis lorsque je laisse Titouan jouer sur notre table de l'avent et que je découvre ça (cf.photo), je me dis qu'il y a de l'idée...ou un drôle de hasard ;)!


Cela ne veut pas dire qu'il ne faille nécessairement jamais rien proposer bien sûr ;). Seulement, c'est l'attente qui diffère. Il est essentiel finalement qu'il n'y ait aucune attente. Pas même celle du plaisir où, en cas de non-plaisir, on éprouvera un sentiment d'échec et peut-être même un peu de rancoeur..
La fierté que l'on ressent devant son enfant qui connaît de plus en plus de choses est légitime.
Cette fierté devrait néanmoins toujours rester sobre. Le risque sinon? Une surenchère néfaste entre parents, une pression et des attentes sur un petit enfant qui n'a absolument rien demandé et qui, pour qui, apprendre est naturel.
La pédagogie Montessori respecte le rythme des enfants, leurs intérêts et ne cherche pas à en faire de petits génies! Souvenez-vous, j'en parlais un peu ici.
Au Jardin d'enfants où je travaillais, nous recevions beaucoup de parents pour qui Montessori c'était malheureusement cela. Nous devions alors leur expliquer que non, nous ne pousserions pas leur enfant à apprendre plus vite et que d'ailleurs, c'était contre nature. Nous leur expliquions que nous allions les laisser grandir à leur rythme tout en leur offrant des stimulations et en répondant à leurs besoins et à leurs intérêts.
La pédagogie Montessori est parfois un peu victime de son succès et souvent très mal comprise. En effet, beaucoup d'enfants qui sortent d'une école maternelle Montessori savent lire, écrire, compter jusqu'à...piouff!! Mais ce n'est pas là l'essentiel! Ce que je retiens personnellement c'est que ces enfants là aimaient venir à l'école, aimaient travailler, avaient confiance en eux et en l'adulte.

Il n'est pas rare que j'entende autour de moi: "Comment puis-je apprendre à mon enfant le nom des couleurs?", "Mon bébé nomme toutes les formes! Hein c'est quoi ça Thomas?", "Ma fille de 15 mois compte jusqu'à 4! Que puis-je faire d'autre?".
Ces remarques peuvent mettre beaucoup de pression inconsciente sur les épaules de nos enfants.
Alors lorsque j'entends ces phrases et ces questionnements, j'ai envie de répondre qu'il n'y a rien à faire pour que notre enfant apprenne. Enfin si, il y a tout ;). 
Si vous vous référez à l'article "Les apprentissages autonomes", vous pourrez vous apercevoir que pour John Holt, les apprentissages se font de manière naturelle, spontanée et sans efforts.
Cela signifie aussi que plus un environnement est riche et stimulant, plus il y a de choses dont l'enfant pourra se saisir.
Le nom des formes, des couleurs, etc. se retiendront au fil des conversations, des lectures, des jeux, des ateliers, des chansons, etc. De façon ludique et autonome. Le matériel Montessori correspond parfaitement à ceci d'ailleurs.
Mais, sans matériel, tous ces apprentissages se feront de toutes les façons lorsque cela fera sens pour notre enfant.
Lorsque vous nommez les couleurs à votre enfant, de façon naturelle et spontanée au cours d'une conversation vous lui permettez de se saisir des informations que vous transmettez: "Tu as collé un carré jaune", "Peux-tu me donner la voiture rouge?". 
Il en va de même lorsque vous lui lisez un livre sur le thème, lorsque vous chantez des comptines numériques, etc.
Lorsque j'entends un parent dire: "Mon fils a apprit les couleurs grâce à des jeux de tri, etc." Je réponds "Eh bien non!". L'enfant en question n'a pas apprit les couleurs grâce à ceci ou cela, il a apprit les couleurs parce qu'il était prêt! Ces jeux et activités ne l'intéresseront uniquement s'il est dans cette période sensible là. Ces jeux et activités ne sont finalement que des "excuses".

On pourra toujours "forcer" les choses, certes...On pourra rabâcher à son enfant le nom des couleurs, des lettres, etc..mais pour quoi faire??
Quel en est l'intérêt? À part gonfler l'égo parental en cas de réussite ?!

Il apparaît donc inutile de demander à son enfant et à tout va: "Il est où le rond?", "Et c'est quelle couleur ça?"...dans le but de lui apprendre.
En effet, lorsque le petit enfant entre dans une période sensible il n'a pas besoin que l'adulte lui pose ce genre de questions! Mais c'est lui qui, spontanément vous dira: "C'est un carré!", etc.
Il est également préférable de ne pas le rectifier: "Mais non c'est pas rouge! C'est jaune!". D'une part parce qu'il est fort probable que si votre petit insiste ("Si c'est rouge!"), c'est qu'il est certainement en pleine période sensible du langage (et non des couleurs) et que ce qui l'intéresse c'est simplement de dire "rouge" pour le plaisir! Il aime découvrir de nouveaux mots et "rouge" lui plait bien ;)! Laissez-le se réjouir et riez avec lui! Ne tenez pas rigueur de ses "erreurs". Pas d'inquiétude, si vous ne luttez pas, cela ne durera pas ;)!
Le laisser dire alors? Le laisser se "tromper"? Dites simplement le véritable nom de la couleur ("Jaune :)"), sans le juger ou le rabaisser, et montrez-lui un objet de la couleur rouge ;).
Un adulte qui rectifie et corrige régulièrement peut être blessant pour un tout petit en pleine construction de son estime de lui.
Faisons confiance à nos enfants :)!
Pour ma part, avec Titouan, je ne me suis jamais focalisée sur le nom des couleurs, des formes, etc. Occasionnellement, je dis à Titouan: "Tu as encastré le disque bleu", "Oh, tu as choisi un pantalon rouge!", par exemple. Mais c'est tout. (Bon, c'est déjà pas mal me direz-vous ;)).
Et puis, il y a 4 ou 5 mois, il s'est passionné pour les balles et les ballons. Il s'exclamait (et s'exclame encore;)): "Ballon!" lorsqu'il en voyait un. Je me suis ensuite aperçue que tout ce qui avait une forme ronde était, pour lui, un ballon. Du coup, je lui disais simplement: "C'est un rond". Et il s'est rapidement mis à répéter "rond". Cette forme a ensuite été très vite identifiée dans notre vie quotidienne, nos jeux, nos activités créatives et nos lectures. Cela avait un intérêt pour lui et il a intégré cela à la vitesse de l'éclair, sans le moindre effort. Les autres formes simples ont suivi très rapidement, de la même façon. 
Et je reste persuadée que cela en sera ainsi pour tous les autres savoirs.
Voici une vidéo où Jean-Pierre Lepri, nous explique pourquoi et comment apprendre est naturel:

video

Et vous, qu'en pensez-vous? Comment le vivez-vous?

12 commentaires:

Fileuse a dit…

Merci pour cet article passionnant ! Etant instit' en maternelle, je suis toujours tiraillée entre l'envie d'apporter des connaissances, de faire apprendre (parce que j'adore ça et que c'est mon métier) et la conviction que l'enfant doit faire son propre cheminement. C'est ce que j'aime et ce qui me touche profondément avec les pédagogies alternatives. J'imagine qu'il existe une juste voie entre ces deux approches et qu'elle varie aussi en fonction de l'âge et de la demande de l'enfant !

Déborah Defaux a dit…

Bienvenue ici Fileuse :)!
C'est aussi parfois le dilemme dans lequel j'étais en tant qu'EJE et encore aujourd'hui en tant que maman (bien plus rarement mais quand même). Je suis sûre qu'un juste milieu existe. C'est ce que j'essaie de faire avec mon garçon et ça marche plutôt bien dans l'ensemble :). Certains enfants sont plus demandeur que d'autres alors à nous d'ajuster nos "pratiques" et de proposer des activités qui pourraient les intéresser.
Merci à toi pour ton commentaire ;).

Anonyme a dit…

Bonjour Deborah,entièrement d'accord avec cet article!Il y a souvent des compétitions entre les mamans,j'ai déjà entendu tellement de fois des phrases du style "Quoi,mais à 2ans et demie ton enfant devrai être propre!" ou encore "Il ne marche tjs pas,c'est bizarre!"car Alexandre à marcher à 15mois.Maintenant j'entends d'autres remarques (Alex devrait savoir tracer des ronds à son âge"etc)Mais j'ai confiance en mon enfant comme je le fais depuis sa naissance,et je dis tjs" c'est que ce n'est pas encore le moment".Alex sait compter de 1 à 13 et tu sais comment c'est venu?;)Quand je fais ses puffs la pneumologue m'a dit de compter jusque 10 pour savoir quand je dois m'arrêter et je compte tout haut;) Voilà je n'y faisais pas attention mais pendant des mois Alexandre mémorisai et un jour il sait mis à compter jusque 10 en jouant;) J'étais scotchée!!!Beau dimanche à toi et ta petite famille:)Barbara

Déborah Defaux a dit…

Oui c'est exactement cela! Ça viendra quand ce sera prêt à éclore!
Joyeuse St-Nicolas à toi et Alexandre :)

Anonyme a dit…

Merci beaucoup Deborah:) Passe une belle soirée:)Barbara

Anonyme a dit…

Coucou Deborah,et merci aussi pour cette vidéo que je viens de visionnée et que je ne connaissais pas!Barbara

altahine a dit…

Je croyais avoir commenté hier mais j'ai dû m'endormir sans valider ! ^^
Je trouve ces réflexions, et la vidéo, très intéressantes et déculpabilisantes car même en étant tout à fait en accord avec tes constats, je ressens parfois une sorte de pression à faire toujours mieux en matière d'éveil des enfants.
Or, j'ai comme toi constaté qu'il "suffit" d'être présent (mais j'entends par là pleinement présent et dispo pour jouer, écouter, répondre à son enfant, renchérir sur l'intérêt qu'il manifeste pour telle ou telle chose, et tout ça c'est déjà un sacré job que tout le monde n'a pas la chance de pouvoir assurer en termes d'emploi du temps) pour que la curiosité naturelle de l'enfant et sa capacité à s'imprégner prennent leur envol. Les comptines, les lectures, la conversation et la vie quotidiennes sont chez nous de formidables occasions d'apprentissages, je le constate de plus en plus maintenant que les enfants parlent très bien (et apparemment c'est tôt, mais c'est venu tout naturellement, sans doute au "détriment" d'autres choses que des enfants de leur âge font peut-être "mieux", et alors ?).

Déborah Defaux a dit…

@ Barbara: Jean-Pierre Lepri est en effet un monsieur très intéressant :). À bientôt!

@ altahine: Je trouve que ce genre de "découverte" aide à lâcher-prise :). Le fait d'être pleinement là avec eux, suffit, comme tu dis. Mais je crois que beaucoup de parents culpabilisent de ne pas passer beaucoup de temps avec ses enfants et tentent de compenser en proposant diverses activités, etc.
Tous les apprentissages sont intéressants et je regrette que, bien souvent, on les classe par ordre d'importance.
Bonne journée Nathalie :)!

altahine a dit…

C'est vrai que pouvoir se permettre de passer du temps, en tous cas le temps qui semble à soi nécessaire ou juste "suffisant" avec son(ses) enfant(s) est un luxe, et je me dis très souvent que si je ne travaillais pas à deux minutes à pied de chez moi, que si je n'avais pas la chance qu'ils soient gardés chez nous, et que j'étais, comme beaucoup de parents, dans l'obligation de m'absenter de tôt le matin jusqu'au soir sans les voir et partager le repas du midi, une promenade, un jeu, un câlin, un dialogue dans la journée, je le vivrais très mal. Probablement que j'essaierais de compenser cela comme tu le dis.

Déborah Defaux a dit…

C'est ce que je me dis oui et ce que ces parents expriment bien souvent :(. Pourtant, l'enfant qui voit peu son parent a d'autant plus besoin de passer du temps à jouer avec lui plutôt que faire des fiches par exemple..!

Aurélie Blanchez a dit…

Encore un magnifique article! merci beaucoup

Déborah Defaux a dit…

Merci à toi Aurélie :)