mardi 24 novembre 2015

Accompagner un enfant en crise

Titouan est, dans l'ensemble, un petit garçon plutôt souple et conciliant. Il me répond souvent "D'accord". Je suis, moi aussi, quelqu'un de souple. Je rentre rarement dans une lutte de pouvoir et je dis régulièrement "Chuut!" à mon petit égo à l'intérieur de moi, sans pour autant cesser d'être à l'écoute de mes émotions.
Nous avons mis en place plusieurs "outils" pour éviter les crises. Par exemple, l'environnement est adapté à notre enfant, ce qui lui permet d'être autonome pour un maximum de choses (cf. Article "Environnement adapté et autonomie".). Nous évitons de lui donner des ordres et nous tâchons de susciter sa coopération (cf. Article "Susciter la coopération").
Nous lâchons-prise aussi. Mais cela ne veut absolument pas dire que nous laissons faire. En fait, lorsque Titouan exprime un mécontentement à une situation/action, je me demande: "Est-ce raisonnable ce que je lui demande là?", "Est-ce si important?". Et très souvent je me rends compte que je peux lâcher!!
Et lorsque ce n'est pas possible pour diverses raisons (sécurité bien souvent) et bien j'accompagne la crise.
On ne peut pas éviter toutes les crises. D'une part parce que nous ne sommes pas parfaits. Nous ne nous exprimons pas toujours comme nous l'aurions souhaité, nous sommes fatigués, énervés, etc. Notre patience est au plus bas.. Notre enfant, lui aussi, peut être fatigué, malade, etc.
D'autre part, parce que les crises ne sont pas nécessairement négatives! Evidemment, la façon dont un tout petit se fâche est souvent impressionnante mais ce n'est que dû à une immaturité de son cerveau. En fait, il est simplement en train de nous dire qu'il n'est pas d'accord. Et il en a le droit.
Notre rôle à ce moment là consiste à l'accompagner à traverser cette crise, à nommer ses émotions et à l'aider à ne pas en avoir peur.
Vouloir éviter à tout prix les crises comme signe d'une éducation "parfaite" ce serait voué à l'échec et à l'insatisfaction permanente. La vie n'est pas parfaite. Parfois, nous ne sommes pas d'accord et c'est très bien aussi.
Un exemple concret? Comme vous le savez, Titouan n'aime pas tellement me donner la main dans la rue. Par conséquent, il arrive qu'il y ait quelques conflits à ce sujet. Pour éviter la crise, je rappelle les consignes avant que nous sortions et en générale ça se passe plutôt bien :).
Il y a quelques temps, nous nous promenions dans le quartier et nous arrivions à un passage piéton. Titouan a voulu enlever sa main de la mienne. Or, des voitures passaient à cet instant. Hors de question donc, qu'il ne me lâche la main ne serait-ce qu'une seconde. Je lui ai rappelé: "Dans la rue, on se donne la main. C'est dangereux. Regarde, des voitures passent." Il n'y a rien eu à faire. Et une crise est survenue. Je l'ai alors pris dans mes bras. Lui, criait et se débattait. Tout en le ramenant à la maison, je lui disais: "Tu es très très fâché!! Tu voulais marcher seul! Et moi je te porte!! Oh c'est énervant hein!!".
Pendant la crise, je ne cherche pas à lui expliquer quoi que ce soit ou à lui "faire entendre raison". C'est trop tard pour cela. J'en rediscuterai avec lui lorsqu'il sera au calme.
Titouan s'est calmé quelques secondes après mes mots emphatiques et il est passé à autre chose. Sans doute parce qu'il avait été entendu et reconnu dans son droit à vouloir faire quelque chose que je ne l'autorisais pas à faire. Ou alors parce qu'il a rapidement pu monter les escaliers et que ça, c'est super chouette :D!

Une amie m'a rapporté un problème qu'elle rencontre avec son fils de 2 ans. Il ne veut pas être attaché dans son siège-auto. Chaque matin, pour aller retrouver la nounou, c'est la crise!!
Lorsque mon amie n'est pas trop pressée, elle lui propose un jeu, une diversion et elle attend tranquillement que son fils soit d'accord pour aller dans le siège-auto.
D'autres matins, ce n'est pas possible. C'est la course, mon amie est fatiguée, etc. Bref, elle n'a pas envie et/ou pas le temps d'attendre. Et elle a le droit.
Alors qu'il refuse ouvertement de coopérer, elle se fâche. Parfois, elle crie aussi. Et, dans la seconde d'après, elle regrette.
Dans ces cas-là, il semble essentiel d'avoir avant tout de l'empathie envers soi-même. Oui, nous avons le droit de ressentir de la fatigue, de la colère, de l'agacement. Oui on a le droit de penser: "Bon allez qu'il aille chez sa nounou parce que là, j'en peux plus!!". J'ai remarqué que l'on se met parfois inconsciemment la pression. On aimerait que la journée soit "parfaite" sans cris, sans colère, etc.
Or, si fort heureusement il y a des journées très très agréables, il y en a où on se dit qu'on aurait mieux fait de rester couché..
Accepter la crise de son enfant c'est aussi accepter que certaines choses nous échappent et que nous ne contrôlons pas tout. C'est accepter que la vie soit imparfaite.
Mon amie souhaiterait que son fils soit toujours super content d'aller dans le siège-auto. Le problème c'est que parfois, lui aussi, il est fatigué/énervé/pas envie et qu'il a le droit..Et puis, peut-être n'a-t-il pas envie de se rendre chez sa nounou?
Les matins où on ne peut pas vraiment faire autrement et qu'une crise est là, le mieux qui reste à faire c'est simplement de l'accompagner: "Tu ne veux pas aller dans le siège-auto! Tu aimerais rester à la maison/te promener." Vous pouvez même lui dire: "Ah moi ce matin, j'avais envie de rester au lit! J'étais bien dans mon lit!". Peut-être se reconnaîtra-t-il dans vos mots et que cela lui donnera du baume au coeur pour grimper dans le siège-auto ;)!
Il se débat? Il vous tape? Rappelez-lui les règles de base: "Chez nous, on ne se tape pas.". Protégez-vous de ses coups en le maintenant. Oui ce n'est pas agréable et confortable et oui on se sent mauvaise mère à ce moment là..Et oui c'est vraiment frustrant d'avoir affaire à cette situation!!
Pour éviter ce genre de crise qui survient finalement lorsque nous sommes pressés, le mieux est encore d'anticiper et de prévoir quinze minutes en plus..Ce ne sera évidemment pas toujours réalisable!!

Par ailleurs, j'ai remarqué que c'est souvent le mot "Non" qui amène à une crise. Alors, plutôt que de dire à son enfant: "Non, tu ne peux pas jouer maintenant. Là, nous allons manger.", lui dire "Oui tu joueras après dîner". C'est une formulation qui est très bien acceptée chez nous :). Merci Adèle Faber et Elaine Mazlish ;).

Enfin, le câlin est encore ce que nous avons inventé de mieux ;). Quand la crise débute ou pourrait débuter, je propose un câlin à mon garçon. Il vient se blottir contre moi et tout s'apaise :).

Et chez vous, comment cela se passe-t-il?

8 commentaires:

Anonyme a dit…

Super article,chez nous quand Alexandre fait une colère je réagit plutôt comme toi et en effet cela passe assez vite.Souvent,c'est quand il est fatigué et que je refuse qqch, ou par exemple s'il ne peux pas prendre des figurines dans un magasin et s'enfuir avec!Haha Mais c'est très rare j'ai bcp de chance de ce côté là;)Bon mercredi:)

altahine a dit…

Encore beaucoup de points communs ici aussi, mêmes constats, mêmes "solutions" ! :)
Le "Oui tout à l'heure" a toutefois un succès mitigé avec Solal car lorsqu'il a une idée en tête, comme on dit, il s'y accroche... mais finalement les crises ici aussi restent très gérables jusqu'à présent. On est à fond dans la phase "tout seul" et l'exploration est à son comble, mais ça va quand même. Et définitivement les câlins règlent bien mieux les crises que les cris...
***
Les enfants sont à côté de moi, et ils adorent voir "Titou" en photo ! ^^
Bonne journée à vous !

Déborah Defaux a dit…

@ Barbara: C'est chouette quand ça se passe aussi facilement oui :). Profitons!! Bonne soirée :)

@ Altahine: Ah oui les câlins (et le portage chez nous) c'est ce qu'il y a de mieux, sans conteste !!
C'est sympa que Solal et Louna regardent le blog avec toi ;)!
Ps: Rien à voir mais, vous venez en France combien de temps? Tu penses faire un petit tour sur Paris :)?
Bonne soirée à toi et aux tiens :)

altahine a dit…

Bonsoir,
on vient pour toute la durée des vacances, du 19 décembre au 3 janvier (histoire de vraiment en profiter !) mais a priori pas de tour sur Paris prévu... c'est mon frère qui viendra à nous, puis ensuite il descend dans sa future belle-famille. Par contre si ça te dit de venir faire un tour sur Amiens, ça serait avec plaisir ! :)

Déborah Defaux a dit…

Merci Nathalie, c'est bon à savoir ;)!

AmouriMother a dit…

Bonsoir Déborah!

Je découvre avec enchantement ton blog.
Mon Amouri a 20 mois et comme toi, il est toujours allaité.

Dès que je peux, j'essaie de ne pas lui dire non.
Je reformule sans employer le non est chez nous c'est très apprécié

par exemple:
pour le manteau, on joue à lui courir derrière en cherchant le bras, Mais il est Où?
pour la poussette, (mon Amouri a été porté jusqu'à ces 16 mois puis mes genoux en ont décidé autrement. Acceptation de la poussette est très très difficile) on marche un peu puis, on s'y met mais j'avoue que cela n'est pas toujours évident quand il faut aller tôt à la crèche.

Déborah Defaux a dit…

@ AmouriMother: Merci de ton commentaire et de ta visite :)

Lorsque nous sommes pressés, pas facile de trouver LA réponse qui conviendra à tout le monde..
Très bonne soirée et à tout bientôt :)

Anonyme a dit…

Bonjour !
Je compatis pour l'histoire du siège auto... Il nous faut parfois attacher notre fille de force... Mais je comprends qu'elle ne veuille pas y aller, elle est régulièrement malade en voiture, et comme elle sait sortir de son siège auto en se tortillant, je suis moi aussi nerveuse lorsqu'on l'installe. Je monte à l'arrière et je lui parle et la rassure pendant tout le trajet (oui, nous avons besoin d'un papa conducteur à ces moments là).
J'espère trouver des solutions pour qu'elle ne soit plus malade au moins. En attendant, tant qu'on peut, on marche ou on prend le train.
Alice