vendredi 30 octobre 2015

Les étiquettes

Aujourd'hui je vous parle d'un sujet qui me tient à coeur et qui fera peut-être aussi écho en vous?
Les "étiquettes" est un thème qui me parle. Sans doute parce que j'en ai pas mal souffert étant petite.
"Elle est timide", "Elle manque de confiance", "Elle est pas matheuse pour un sou"...Bref, vous voyez le genre? Et si je ne l'étais pas? Et si je savais ne pas être timide/nulle en math, etc.?

Oui mais voilà, quand on a huit ans, on croit être ce que nos parents/nos professeurs disent de nous: "Ah oui j'ai mauvais caractère?? Bon bah si tu le dis..!". "Ça ne vaut même pas la peine d'essayer de changer..".
Le petit enfant n'a pas la maturité et le recul nécessaires pour se dire: "Je ne suis pas timide. C'est simplement que j'ai parfois besoin de temps pour être à l'aise."
Isabelle Filliozat affirme que "les enfants ont tendance à se conformer aux définitions que nous faisons d'eux."
En effet, par des qualificatifs, des étiquettes, l'enfant sera convaincu de cette description que l'on fait de lui.
Les étiquettes ce sont ces petits mots, ces jugements que l'on met au-dessus de la tête de quelqu'un: "Il est comme ceci ou comme cela, etc." 
Il est probable que, pour se rassurer, certaines personnes tentent de faire entrer un enfant, un être humain dans une norme. La norme rassure. Elle classe la personne, ce qui permet de porter plus facilement un jugement, et d'y coller dans la foulée, une étiquette.
Or, il est indispensable de ne pas confondre l'enfant et le comportement! Un "mauvais" travail scolaire rend compte d'une difficulté de l'enfant à répondre aux attentes de son professeur mais ce n'est certainement pas l'enfant qui est "nul"!!

Les étiquettes négatives:
Qui n'a jamais entendu ou s'est surpris à dire, par exemple:
-Mon fils est un enfant difficile. Sa soeur, elle, est un ange.
-Luc c'est le pitre de la famille!
-Antoine casse toujours ses jouets. Cet enfant est destructeur.
-Benoît est naïf. Tout le monde peut profiter de lui.
-Il faut toujours que Samir gâche les bons moments!
-Etc.
Adele Faber et Elaine Mazlish propose de répondre, à la question: "Est-ce que la façon même de penser des parents au sujet de leur enfant peut influencer ce que l'enfant pense de lui-même?":
"Parfois, il suffit de quelques mots, un regard, un ton de voix, pour vous signifier que vous êtes lent, stupide, une petite peste ou encore une personne fondamentalement aimable et capable! Ce que vos parents pensent de vous peut facilement vous être communiqué en quelques secondes. Quand vous multipliez ces secondes par des heures de contact quotidien entre parents et enfants, vous pouvez vous rendre compte que de jeunes personnes peuvent être influencées par ce que les parents pensent d'elles. Non seulement leurs sentiments en sont modifiés, mais leur comportement l'est également."
Si, par exemple, l'on étiquette un enfant comme étant lent à apprendre, il peut se mettre à se percevoir comme quelqu'un qui apprend lentement... Etc.
Pour qu'il y ait "étiquette", il faut qu'il y ait répétition. Si nous disons une fois à notre enfant qu'il est "lent", cela ne risquera probablement pas de l'affecter plus que cela...Toutefois, rappelons qu'un jugement négatif n'est jamais bienveillant...!

Les étiquettes positives
On ne s'intéresse pas tellement aux étiquettes positives...se disant que ça ne peut que valoriser une personne.
Or, une étiquette, qu'elle soit négative ou positive, enferme la personne dans une ligne de conduite. Dire: "Eugénie est gentille" est confus pour la petite fille en question. Oui, parce que dès fois, Eugénie a envie d'étriper son petit frère. Parfois Eugénie est en colère mais puisque "elle est gentille", elle ne s'autorise pas à ressentir cela de peur de ne plus être aimée, ou alors elle culpabilise de le ressentir.
Maintenant, dire de temps à autre "Tu as été sage", par exemple, ne renferme pas notre enfant dans une case, c'est l'accumulation de ce qualificatif qui va entraîner cette étiquette.
Il est donc préférable de dire: "Merci d'avoir consolé ton petit frère. Voilà ce qui s'appelle "faire preuve d'empathie"." Vous pouvez vous reporter à l'article "Féliciter son enfant?"

Comment aider les enfants à se dégager des rôles? Que répondre aux "mauvaises langues"? 
Dans leur ouvrage "Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent" d'Adele Faber et Elaine Mazlish, les auteurs propose plusieurs idées pour aider un enfant à se dégager d'un rôle qui l'empêche de s'épanouir:
1. Recherchez les occasions de lui présenter une nouvelle image de lui-même.
2. Placez-le dans des situations qui lui permettent de se voir d'un oeil différent.
3. Faites en sorte qu'il vous entende dire des choses positives à son sujet.
4. Donnez vous-même l'exemple du comportement que vous souhaitez lui inculquer.
5. Soyez le coffre aux trésors de ses bons coups.
6. Quand son comportement reflète l'ancienne image qu'il avait de lui-même, exprimez vos sentiments ou vos attentes.

Pour sortir de ce cercle, vous pouvez aussi parler de vous en utilisant le "je" d'affirmation et en décrivant la situation. 
Par exemple: "J'ai pu passer un agréable moment avec mon amie pendant que tu jouais, je t'en remercie."
"Merci d'avoir rangé tes chaussures ";
"J'apprécie quand on lit un livre, tous les deux, tranquillement". Etc.

Il est donc nécessaire d'éviter de cataloguer son enfant et de toujours voir ce qu'il y a de positif en lui, de toujours lui laisser une chance de changer tout en restant à l'écoute de ses émotions.
En effet, même si les enfants essaient de faire des efforts, nous aurons tendance – involontairement – à ne repérer que les comportements qui vont dans le sens de notre étiquette. Et nous ne voyons même plus les comportements positifs ou ceux qui viennent justement monter que, là, dans telle situation, l'enfant a réagit autrement. L'enfant qui fait des efforts pour changer et dont personne ne remarque les efforts en question, se décourage vite et cesse d'essayer de s'améliorer.

Et cela nous demande sans doute encore plus de vigilance lorsque nous vivons avec plusieurs enfants et que, la comparaison, arrive peut-être plus facilement. 
En tant qu'EJE, il m'est arrivé, parfois, de mettre une "étiquette" à un enfant. Alors, bien sûr, jamais à haute voix et jamais bien longtemps, mais, il m'arrivait de penser: "Siméon ne lâche rien!", par exemple. Eh bien, très vite, j'essayais d'inverser la vapeur, de l'observer, de repérer les fois où il se montrait souple et de le valoriser à ces moments-là. Et c'est incroyable car, non seulement mon regard changeait sur lui et lui, changeait aussi...;).
Alors, forte de cette expérience, je me suis toujours interdit de poser une étiquette sur mon garçon. Dès que dans mon esprit, je pense à un semblant de :"Qu'est-ce qu'il est agité!", je fais volte-face, je m'arrête de suite et je repense aux (nombreuses) fois où il s'est montré calme, patient, concentré, appliqué. Je l'observe avec bienveillance et je vois les moments où il est tout tranquille! Je ne m'arrête et ne soulève QUE sur ces moments là, et "ça marche" ;).
Il est en effet préférable de souligner ce qui va plutôt que ce qui ne va pas (au moins de notre point de vue)!

Pour tempérer nos propos on pourra aussi dire, en parlant de son petit: "Il aurait tendance à...", "Il pourrait avoir tendance à...". :
"Il pourrait avoir tendance à s'énerver facilement";
"Elle aurait tendance à avoir besoin de temps avant d'être à l'aise avec quelqu'un qu'elle ne connait pas très bien."
Etc.
Ce qui souligne que "habituellement" il ou elle est comme cela mais qu'il ou elle sait aussi être autrement :).

Et en nous comportant comme si nos enfants étaient capables, dans bien des cas, nous allons les aider à prendre confiance et oser changer :).

Il me semble aussi important de préciser, que si nous voulons éviter ou défaire nos enfants d'étiquettes, il est essentiel de commencer par être bienveillant envers soi-même. "Non, je ne suis pas comme ceci ou comme cela" mais "Oui, je sais être autrement". Bref, de ne pas s'enfermer dans ce que nous croyons que nous sommes...surtout si ce n'est pas très valorisant ou épanouissant!

Enfin, je me pose la question et peut-être vous aussi, vous êtes vous demandé: "Mais une étiquette finalement n'est-ce pas aussi une façon de (re)connaître son enfant?" Dire "Mon fils est comme ça" c'est aussi prendre en considération sa personnalité, sa sensibilité, non?
Eh bien je répondrai: Oui, dans la mesure où nous sommes vigilants avec cette étiquette, que nous mesurons nos propos, qu'elle ne dessert pas notre enfant, que nous l'aidons à transformer ses aspects "négatifs" en "positifs" et que nous lui laissons la possibilité de changer!

Que répondre aux "mauvaises langues" ;)?
Vous êtes conscients du bien fondé de ne pas étiqueter votre ou vos enfants mais voilà qu'un proche ou un passant intervient: "Oh mais t'es pas gentille dis-donc de ne pas me dire bonjour!", "Ton frère, lui, il est serviable.", "Qu'est-ce que tu es difficile, tu n'aimes jamais rien!"...
Comment peut-on soutenir nos enfants sans les enfermer dans des rôles tout en repoussant poliment les amis et la famille "bien attentionnés"?
Vous pouvez répondre: "Quand il sera prêt à le faire (dire bonjour, sourire, goûter au repas, etc.), il le fera!".
"Ainsi votre enfant comprend que vous ne le poussez pas à faire quelque chose qui le rend mal à l'aise. Mais il comprend également que vous attendez de lui qu'il ne reste pas bloqué indéfiniment à ce stade. Il peut décider de changer quand il se sentira prêt à le faire."
Par ailleurs, pour en revenir à cette phrase que nous avons tous entendu au moins une fois: "Oh mais t'es pas gentille dis-donc de ne pas me dire bonjour!", je ne vous donne aucun "conseil", j'ai manqué moi-même de bienveillance lorsque cela est arrivé ;). Maintenant, bien que nous savons que même les étiquettes positives peuvent enfermer, là, en l'occurence, je peux vous dire que j'ai usé et abusé de cette étiquette positive!!: "Non, elle dit n'importe quoi la dame! Tu es très gentil mon chat! Tu diras bonjour quand tu seras prêt, et si tu en as envie (oui, "si tu en as envie" parce que franchement dire bonjour à une personne qui nous dit que l'on n'est pas gentil..il y a des limites!! Non? ;))".

Pour rédiger cet article je me suis appuyée, entre autres, sur le fabuleux "Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent" d'Adele Faber et Elaine Mazlish, que je vous recommande :).

N'hésitez pas à partager votre point de vue et votre expérience à ce sujet en commentaires :)!

Bonne soirée à vous :)

5 commentaires:

Géraldine a dit…

Je suis absolument d'accord, il faut être particulièrement vigilant avec ses "étiquettes". Et tenter d'être souple dans les jugements que l'on peut porter comme définissant autrui. Une expérience de psychologie sociale que j'aime particulièrement à ce sujet, c'est celle de "l'effet Pygmalion". Tu en as probablement déjà entendu parlé? mais dans le doute, je vais la résumer. Un groupe de chercheurs intervient dans une école et fait passer des tests de QI aux enfants.Ils s'arrangent pour faire connaître les résultats aux enseignants. Mais en réalité les résultats transmis sont volontairement inexacts. De retour dans l'école, un an après, ils observent que les enfants désignés comme surdoués (mais qui ne le sont pas en réalité) ont des résultats nettement supérieurs à ceux qu'ils obtenaient précédemment. Et ceci car le regard que l'on a porté sur eux était différent. On peut en déduire aisément, comment un préjugé négatif, au contraire, peut façonner les êtres dans le mauvais sens. Et cette expérience montre bien de quelle façon les "étiquettes", contribuent à créer les êtres non pas tel qu'ils sont mais tel que les autres pensent qu'ils sont... Ça fait réfléchir.
Sinon, dans tes deux derniers articles, j'aime beaucoup notamment tes exemples pragmatiques, de "que faire quand je suis confronté à tel parole ou tel acte". Une fois une amie a dit à ma fille - qui ne voulait pas faire je ne sais plus quoi (un truc bénin)- :
- Oh, tu es méchante, il faut écouter maman.
J'ai était frappée par la violence du terme, et j'ai tout de suite dit quelque chose à ma fille pour dédramatiser cette situation. Parfois,donc, on ne s'y attend pas (je m'y attend plus d'une vielle dame old school et les réponses viennent plus aisément). Cette amie est une personne bienveillante par ailleurs qui ne mesure juste pas la portée de ses paroles. Et c'est bien de pouvoir lire d'autres exemples pratiques de réponses,qui permettent d'acquérir des sortes d'automatismes pour les situations déstabilisantes...
Bon week-end !

Géraldine a dit…

Ah, j'ajoute une chose à propos des étiquettes. Un commentaire qui m'agace au plus au point. J'ai une petite fille de treize mois. Lorsqu'on se rend au supermarché par exemple, ou ailleurs, elle distribue assez largement des sourires pour l'une ou l'autre raison de son choix. Beaucoup de gens s'étonnent et me disent : -qu'est ce qu'elle est souriante ! Jusque là tout va bien. Mais parfois cela s'accompagne de :
- Ohlalala, c'est une charmeuse !
Et parfois avec un ton de reproche amusé, s'adressant à ma fille :
-"Tu fais du charme".
Et bien ça m'agace prodigieusement. Car, non ce n'est pas une charmeuse, car ce terme implique qu'il y a dessein d'obtenir quelque chose avec son sourire. C'est une idée pas très saine de ce qu'est un sourire.
C'est souvent une étiquette que l'on pose aux petites filles plus spécifiquement.
Or, elle sourit car elle est bien dans ses "chaussons souples ";-) et que c'est une belle façon naturelle de communiquer et de s'adresser aux autres... Alors décollons les étiquettes, on doit pouvoir sourire parce que c'est juste, ce que l'on a envie de faire lorsque l'on se sent bien. ;-)

Déborah Defaux a dit…

Bonsoir Géraldine :)

Merci de ton commentaire très intéressant et pertinent :)
En effet, l'expérience dont tu parles ne m'est pas venue à l'esprit au moment de rédiger l'article mais c'est tout à fait édifiant je suis bien d'accord! Merci pour ce rappel :)

On qualifie aussi Titouan de "charmeur" parce qu'il a également le sourire facile! Certains ne peuvent s'empêcher d'étiqueter les comportements de nos enfants.,.c'est incroyable! Il sourit, il est "charmeur". Elle ne sourit pas, elle est "timide"... Ces réactions m'énervent tout autant que toi!

Très bon week-end à toi et Aloïse :)

altahine a dit…

Rien à ajouter à l'article et aux commentaires, je pense tout pareil que vous. Et pourtant il a d$u aussi m'arriver, occasionnellement, de recourir à des étiquettes même avec mes propres enfants... :/

Déborah Defaux a dit…

Bonjour Nathalie,

c'est en effet très difficile de ne jamais recourir à des étiquettes...Maintenant, je crois que lorsque l'on en a conscience c'est déjà un très grand pas :)

Bon Dimanche :)