jeudi 16 juillet 2015

Devenir parents

Aujourd'hui, je dis "la vérité" à une amie qui attend son premier enfant! Et je le partage avec vous :-)!

Devenir parents c'est fabuleux, c'est sûr. Maintenant, il n'empêche que c'est aussi difficile. Et, allez savoir pourquoi et comment, la plupart des mères omettent littéralement de le mentionner!
Alors, quand j'ai appris qu'une très bonne amie attendait son premier enfant je me suis vite dit qu'il fallait absolument que je lui (re)dise la vérité! Je n'allais pas la laisser, seule, dans son questionnement vis-à-vis de ses qualités à être une bonne maman, ou de sa culpabilité à ne pas ressentir ce que "tout le monde" s'imagine qu'elle devrait ressentir...Vous suivez?
Certaines personnes s'en sont déjà chargées, je pense notamment au livre "Un heureux événement" d'Eliette Abécassis...que je n'ai pas lu (mais dont j'ai vu le film ;-))!
Bref, aujourd'hui je vous raconte ma grossesse, mon accouchement, mes premiers jours avec Titouan...et j'espère que certaines se reconnaîtront.
Ma grossesse a été loin d'être tranquille et reposante. Elle a surtout été angoissante à dire vrai!
Les trois premiers mois ont été très stressants car j'étais envahi par la peur d'une fausse couche. J'attendais la première échographie officielle pour souffler, pour profiter enfin de cet état. Je n'ai pas été spécialement malade ou fatiguée. Un peu...mais pas trop ;-).
Ma première écho s'est finalement plutôt mal passée car, il s'avère que ce foetus a une clarté nucale un peu trop épaisse. Du coup, le monde est comme suspendu...Je dois faire une prise de sang concernant la trisomie 21. Je stresse. Les résultats sont mauvais. Je dois alors attendre le 4ème mois de grossesse pour savoir si ce bébé a un chromosome en trop ou pas...
Je n'investis pas ma grossesse, cet être qui grandit en moi et que je commence à sentir doucement bouger...Oui et si je ne le rencontrais jamais? Je me protège comme je peux et je lui en veux même un peu à ce bébé...
L'échographie de contrôle nous rassure finalement. Tout va bien. C'est un petit garçon et il est en pleine forme. Mais, je mets quelques jours à digérer la nouvelle et j'ai du mal à me pardonner de ne pas avoir été connectée à lui ce dernier mois.
Nous sommes en plus en plein déménagement et travaux. Il y a des cartons et du bazar partout. C'est pesant. On me dit: "Surtout pas de stress pour votre bébé"...Mais moi ça me stresse ce genre de phrases justement, ça me met la pression!!
Finalement, les travaux avancent et j'y vois un peu plus clair. Je prends du temps pour moi et mon bébé qui est maintenant complètement investi :-).
Mais, je perds brutalement un (très) proche et là le monde s'écroule. Je suis choquée et je m'en veux de faire vivre cela à mon enfant...même si, bien entendu, je ne contrôle rien..
Je suis à deux doigts de m'écrouler mais, mon bébé est là. Il est la vie. Je me raccroche à lui.
Le temps passe et la grossesse se poursuit plutôt bien.
Ma grossesse a donc été mouvementée...C'est le moins que l'on puisse dire! Et j'en ai été profondément en colère. Un peu encore d'ailleurs...mais le temps fait son oeuvre.
Mais, pas besoin d'avoir une grossesse aussi compliquée pour ressentir tout cela. Toutes les mères n'investissent pas leur grossesse de la même façon et les unes ne feront pas de meilleure mère que les autres. Maintenant, grossesse compliquée ou pas, il y a à vivre avec une certaine forme de culpabilité. Oui, mais cette culpabilité ne serait-elle pas bien moindre si d'autres mères nous disaient que c'était "normal" et que, elles aussi, ont ressenti cela. C'est "normal" de ne pas être euphorique tout du long de sa grossesse, c'est "normal" de se dire "oui en fait si j'avais pu tomber enceinte deux mois plus tard, ça m'aurait arrangé ^^". Mais, bien que ce soit des sentiments normaux, toutes les mères ne ressentent pas cela. Certaines sont comme réellement apaisées. Et d'autres encore font semblant d'aller bien...
Pendant ma grossesse, j'ai reçu la lettre d'une copine que je n'avais pas vu depuis longtemps et qui venait juste de devenir maman. Sa lettre m'a fait beaucoup de bien parce qu'elle me disait qu'elle avait eu de drôles de sentiments lorsqu'elle était enceinte. Elle a été chamboulée, heureuse, inquiète, etc. Et le fait de la lire m'a soulagé. "Ce que je ressentais était donc normal." Et cela m'a rassuré sur mes compétences de mère.

Et puis, est arrivé le jour de l'accouchement. Là encore tout le monde vous dit que c'est merveilleux! Et c'est vrai que ça l'est! Mais ça peut aussi être un stress énorme!
La douleur, la peur...il ne faut pas l'oublier non plus!
J'ai eu très peur avant d'accoucher. La douleur m'a submergée. Mais, le moment de l'accouchement a été magique, fluide. La sage-femme m'a merveilleusement accompagnée. J'étais en confiance. C'était un instant parfait.
Lorsque j'ai vu mon garçon, je me suis dit "C'est mon fils, c'est mon tout petit!". Mais, contrairement à certaines mamans vis-à-vis de leur bébé, je n'ai pas trouvé le mien beau de suite. Bah oui...Il avait le visage tout boursoufflé et frippé, sa lèvre inférieure était presque invisible car il l'avait visiblement "tétouiller" pendant quelques mois ;-). Et je m'en suis voulu de ressentir cela. Je n'avais pas conscience que cela ne faisait pas de moi une mauvaise mère.
Et puis, je vous rassure, je les rapidement trouvé le plus beau du monde!

Il y ensuite les premiers jours à la maternité. En France, nous restons trois jours, si tout va bien. Avant d'accoucher, je me disais que c'était un minimum...Bon, finalement le séjour a la maternité a juste été horrible pour moi!
Le personnel rentrait à tout va, Titouan avait du mal à téter...Tiens, d'ailleurs, l'allaitement est un sujet du même genre! Oui, car de nos jours, si vous ne voulez pas allaiter...vous êtes une mauvaise mère!
Eh bien moi je trouve qu'un bon biberon sera toujours meilleur qu'un mauvais sein!
J'ai eu beaucoup de mal à allaiter Titouan les premiers temps. C'était difficile pour lui et moi j'étais épuisée. Je voulais lui donner un biberon parce que je trouvais que cela devenait trop compliqué. Les sages-femmes m'ont poussé à continuer...en me culpabilisant un peu. Et, une auxiliaire a eu LA bonne idée de me prêter un bout en silicone. Et là, ce fut instantané! Je ne souffrais plus et Titouan tétait merveilleusement bien! 

Il y a ensuite le retour à la maison. Ah, je peux vous dire que ce moment je l'attendais!
Nous étions enfin chez nous...Ouf!
Et puis, vient le temps où nous réalisons que nous ne sommes plus seuls...Jamais! (Enfin pas avant longtemps!) Et ça peut faire peur. Et notre amoureux dans tout ça? 
Je me souviens que, quelques minutes, j'ai voulu ramener Titouan à la maternité, juste une heure, pour être seule avec mon amoureux, comme avant! 
Mon bébé tétait tout le temps! Je me sentais comme prisonnière! Mais, j'ai eu la chance de tomber sur cet article de Catherine Dumonteil-Kremer et cela m'a fait un bien fou!
Non, je n'étais pas prisonnière du tout! C'était le regard des gens qui me renvoyait cette image. 
"Mais pose le un peu...!", me disait-on. Oui, mon bébé passait sa journée dans mes bras ou en écharpe. Il tétait quatorze fois par jour et quasiment toute la nuit...mais je pouvais aussi savourer ces moments et en profiter pour me détendre!
Alors, je flânais sur internet, je regardais un film...et les besoins intenses de Titouan se sont peu à peu estompés.

La vie de couple change. Ce n'est plus comme avant. Il y a tout à inventer, à créer. Nous avons su très vite rire de nos aléas avec notre tout petit. Même si nous nous posions, par ailleurs, beaucoup de questions. Nos besoins individuels et de couple sont passés au second plan les premiers mois et nous savions que c'était normal, que nous n'allions pas nous perdre pour autant. Nous avons choisi de prendre les choses du bon côté :-).

"Et puis, passés les premiers jours/mois, ça y est on peut souffler?" pourrions-nous nous demander. Pas vraiment non! Le quotidien, la fatigue, les aléas (poussées dentaires, etc.) font que, non, être parents ce n'est pas vraiment plus facile. On se pose toujours plein de questions, on doute, on tâtonne...
Alors on essaie finalement de lâcher prise, d'arrêter de courir après la perfection et de se concentrer sur l'essentiel :).

Et vous, comment avez-vous vécu ces instants? (Histoire de rassurer encore plus de parents ;-))


Merci à mon amie Amélie Clements pour la jolie photographie :).

6 commentaires:

Carole a dit…

Coucou. Sympas ton article retour d'expérience. Moi aussi j'aurais bien aimé lire ce genre de chose avant d'avoir un enfant. Tout n'est pas idyllique! Moi, même avant la grossesse, car on a mis plus d'un an à avoir Gabrielle. Tous les mois l'attente et la déception. Le calcul du cycle et compagnie.
Grossesse aussi stressante, beaucoup de contractions trop tôt, le stress d'accoucher prématurément, j'ai arrêté de travailler tôt . L'accouchement, dont j'avais très peur, s'est bien passé finalement. Mais le pire était après, les suites de couches. Je savais pas... Il faut s'occuper d'un bébé et on a mal aux cicatrices, la fatigue... Heureusement un papa très présent pour prendre le relaie. Et après les 3 premiers mois ont été très très durs. Elle pleurait des heures, dormait peu. J'avais pris 6 mois de congé maternité, j'ai regretté et culpabilisé. Finalement vers 4 mois ça été un peu mieux, j'ai pu enfin découvrir mon bébé, il était temps! Je culpabilisais d'être une mauvaise mère car il y a des jours où je voulais bosser (j'adore mon travail). Bref maintenant comme tu dis j'essais de lâcher prise, de me fiche des autres qui font autrement et de profiter de ma petite qui grandit trop vite. Mais c'est encore pas tous les jours facile, les réveils la nuit, les crises de colère, le bazar dans la maison, les moments en couple plus rares... Mais un câlin de ma Gabrielle et tout s'envole!
Merci de nous donner la parole, j'espère ne pas avoir effrayé de futures ou jeunes mamans! Les enfants, c'est la vie ;-)
Bisous

Déborah Defaux a dit…

Je suis sûre que tu n'as effrayé personne! Au contraire, moi aussi, j'aurai aimé lire ce genre de choses avant d'avoir un premier enfant! Allez, pour le deuxième, on saura?!
Et puis on croit toujours que chez les autres c'est parfait ou qu'ils font mieux que nous...mais je reste persuadée que non!!

Bisous à tous les trois.

Ps: Titouan a une grosse poussée dentaire de 8 dents :-D!

Hellvis a dit…

Merci pour cet article!
C'est vrai qu'entre le rêve et la réalité, les futurs parents peuvent tomber de haut!
Pour ma part, j'ai vécu une effroyable dépression post-partum et pourtant, mon bébé était désiré et très attendu (6 ans d'essai, bébé obtenu par un TEV, transfert d'embryon vitrifié pour les intimes). J'étais un zombie. Dans ma tête, je savais que j'aimais cette toute petite fille absolument parfaite, mais mon coeur était comme bloqué et j'avais l'impression de ne rien ressentir, de m'occuper d'elle de façon automatique. Même les bisous étaient des réflexes. Et puis le voile s'est levé. Les hormones se sont remises en place et j'ai enfin pu ressentir cet amour magnifique qui unit une mère à sa fille.
Du coup, j'ai eu l'impression d'avoir perdu du temps. Et j'ai eu peur que ma fille s'en soit rendue compte et le vive mal.
Et puis, j'ai rapidement eu envie d'un deuxième bébé et en bonne infertile, je me suis dit que c'était une bonne idée de commencer les essais tôt. Et hop! Miracle de la vie! Enceinte en C1! Un petit garçon est venu compléter notre famille! Et guérir mes blessures... coup de foudre immédiat pour ce bébé beaucoup moins "facile" que ma preums (car polyallergique, sinon, c'est un amour tout pareil).
Donc oui, il faut dire ces choses pour que les futurs parents laissent passer ces vagues amères sans désespérer, sans (trop) culpabiliser et en gardant toujours le cap.

Déborah Defaux a dit…

Merci à toi Hellvis! Merci pour ton partage d'expérience qui est très important et qui pourra certainement aider d'autres parents à mieux vivre tout cela, sans (trop) culpabiliser comme tu dis!

Je vois que ça n'a pas dû être facile pour toi aussi. Nos hormones nous jouent parfois de sales tours...Heureusement tout a une fin et tout est "réparable"!

Très bonne soirée à toi!

altahine a dit…

Oui beaucoup de choses ne sont pas dites autour de la grossesse, de l'accouchement et de ses suites (quoique pour dédramatiser, on peut rire - jaune - devant le spectacle "Motherfucker" de Florence Foresti...). Pour moi c'est plutôt le contraire de toi, même si je ne le nie pas j'ai eu des craintes pendant le premier trimestre (et que le test de la T 21 a été un stress que j'aurais dû m'épargner en raison des nombreux facteurs qui le faussaient pour une grossesse gémellaire à 38 ans) , j'ai eu une grossesse de rêve (zéro nausée, zéro problème de santé, tous les paramètres au top à chaque écho, une prise de poids de seulement 12 kg) et un suivi chaleureux et optimiste... jusqu'à ce que je revienne en France au 3ème trimestre pour accoucher, et que je tombe de haut face à la surmédicalisation automatique d'une naissance de jumeaux(avec péridurale quasi obligatoire/imposée). L'accouchement est loin d'être le meilleur souvenir de ma vie. Déclenchement imposé par le protocole 15 jours avant terme malgré des bébés super à l'aise au chaud et un col bien fermé (ceci dit moi j'en pouvais plus, je pleurais tout le temps sous l'imprégnation des hormones et du stress :j'ai été éloignée du papa, qui était très investi, pendant plus d'un mois et demi avant d'accoucher, même si j'étais ultra-chouchoutée chez mes parents); 48h d'attente avant d'accoucher (embouteillage en salles d'accouchement et mon col qui ne s'ouvrait toujours pas malgré 2 manips dont je passerai les détails...), finalement césa en urgence avec détresse respiratoire pour mon second qui est parti fissa en réa néonat' à l'autre bout de la ville pour 24h puis 3 jours en pouponnière, méga anémie pour moi, j'étais blanche comme une morte (je pense que j'ai perdu beaucoup de sang en plus de mes réserves de fer basses en permanence et bien vidées par les jumeaux) : 2 perf de fer échouèrent à faire remonter mes réserves, réop à 5 jours de la première césa à cause d'un hématome de paroi (hyper douloureux, je ne tenais pas debout le temps d'un change) sur la cicatrice boursouflée, avec transfu de 2 poches de sang. Résultat : 15 jours de mater pour nous, moi comme un zombie, avec heureusement un mari et une famille qui ont assuré comme des dieux auprès des bébés. Retour à la maison fragile avec soins sur la cicatrice pendant 3 semaines (et injections quotidiennes dans les cuisses pour éviter les risques de phlébite).
Ca fait un peu peur non ? Mais malgré tout ça, la fatigue inexprimable, les doutes, les p(l)eurs, un amour immense pour nos magnifiques bébés (Solal, "celui qui fraie un chemin", porte merveilleusement bien son nom) et une complicité renforcée dans notre couple qui certes, comme tu le dis, est passé un peu au second plan pendant quelques temps, mais a prouvé sa solidité. J'ai mis du temps à prendre du recul sur tout ça, à composer avec les désagréments post partum (que les médecins nous assurent être "normaux" mais qui n'en sont pas moins lourds à vivre) et à accepter l'aspect adhérentiel de ma cicatrice (ce n'est pas la cicatrice en elle-même qui me gêne, elle témoigne de notre histoire, mais elle est laide), mais l'allaitement durant 5 mois, et une croissance exemplaire de nos deux petits tellement choux m'a toujours permis de trouver que cette expérience en valait sacrément la peine.
Devenir maman (avec ce formidable papa qu'est mon formidable conjoint), même si ce n'est pas facile tous les jours, c'est la plus belle aventure qui m'arrive dans la vie.
Et être tous en bonne santé est un cadeau de la vie.

Déborah Defaux a dit…

Merci Altahine (et heureuse de voir que tu es toujours là!)!

Cet accouchement et les suites de couche que tu as vécu me semblent presque irréels...Cela a dû être terrible à vivre! Quel courage dont tu as fait preuve! Et tu as été si bien entourée :)
C'est tellement beau la façon dont tu parles de l'amour que tu portes à tes enfants et ton conjoint.
Heureuse et longue vie à vous 4...vraiment :)

Belle soirée, à bientôt :)