jeudi 4 juin 2015

Les apprentissages autonomes


Cela fait plusieurs années que je m'interroge sur le sujet des "apprentissages autonomes":
Comment les enfants apprennent-ils? Ont-ils vraiment besoin de l'école?

À la fin de ma formation au métier d'éducateur de jeunes enfants, mon mémoire portait sur la liberté dans l'éducation. Lors de la rédaction de celui-ci, j'en suis très rapidement venue à lire "Libres enfants de Summerhill" d'Alexander S. Neill. Et ce fut très déroutant et très porteur à la fois. Déroutant parce que c'était un discours dont je n'avais pas l'habitude et qui remettait en question tellement de choses! Porteur car c'est cette première lecture qui m'a réellement permis de venir confirmer une hypothèse encore fragile dans mon esprit à ce moment là: l'école, bien qu'elle soit une magnifique chance, n'est pas indispensable dans le processus d'apprentissage.
L'idée a fait son chemin. J'ai consulté des blogs, lu de nouveaux ouvrages, visionné quelques reportages, etc.

John Caldwell Holt, instituteur, s'interroge sur les difficultés rencontrées par les enfants. Il consacre ses travaux et ses conférences à la réforme de l'enseignement. Chemin faisant, il décide finalement de consacrer son temps "non plus à créer des écoles alternatives, mais des alternatives à l'école".
Il est l'auteur du magnifique livre "Les apprentissages autonomes", dont est tiré le titre du billet d'aujourd'hui.
John Holt y explique comment les enseignements non sollicités sont inutiles. Le terme "apprentissages autonomes" signifie que les enfants peuvent apprendre, non pas nécessairement seul, mais par leur volonté interne d'envie de comprendre et d'apprendre.
C'est presque une évidence pour tous lorsqu'il s'agit d'un enfant de moins de 2 ans. En effet, on ne lui "apprend" pas à marcher ou à parler. Le bébé découvre cela, seul, avec enthousiasme et motivation interne, entourés d'adultes et d'autres enfants.
Cette évidence l'est peut-être moins en ce qui concerne les enfants plus âgés? Et pourtant!
L'enfant peut, lors d'une conversation avec un adulte, apprendre tout un tas de choses. Il en est de même lors d'une visite d'un atelier d'artiste ou d'une rencontre avec un menuisier, un ingénieur en mécanique, un vétérinaire, un agriculteur, etc. Le jeune enfant aura la possibilité d'observer, de questionner, de manipuler, etc. Et il apprendra de façon autonome, sans même véritablement s'en rendre compte.

Personnellement, l'école a été une sorte d'échec, dans le sens où je n'y ai pas appris grand chose finalement... (Enfin si, hein! Lire, écrire, compter!!).
Et, plus largement encore, ce que les adultes ont essayé de m'apprendre alors que je ne demandais rien, est resté en suspend.

Par contre, combien de temps ai-je passé à faire des recherches personnelles, à lire, à questionner les adultes sur un sujet qui me passionnait?
Et c'est en effet de façon autonome que j'ai le plus appris :-). Et vous?

Ce dont je vous parle aujourd'hui est tout à fait compatible avec les pédagogies alternatives dont il est régulièrement question sur le blog. L'un n'empêche pas l'autre. Et j'aime cette idée de proposer plusieurs chemins aux enfants. Il n'y a pas qu'une voie qui mène ici ou là mais il y a celle(s) que chacun choisi à tel ou tel moment.
L'important étant de savoir que notre enfant apprendra bel et bien à partir du moment où l'éducateur (au sens large du terme) lui offrira un environnement stimulant (outils, livres, enregistrements vidéo, jouets et toutes autres ressources), et lui donnera accès aux personnes, aux lieux (où l'on travaille, où l'on se rend (villes, campagnes, etc.)), aux expériences.

Voici deux citations de Charlotte Mason qui résument bien les précédents propos:

"L'apprentissage par soi-même est la seule éducation possible. Tout le reste n'est qu'une fine couche de vernis, apposée à la surface de l'enfant."
"Chaque enfant est unique: tous les programmes nationaux et autres socles communs sont voués à l'échec parce qu'ils ne prennent absolument pas en compte le fait qu'en éducation, on ne peut faire que du sur-mesure."

Il y a quelques années, j'ai découvert Arno Stern, dont je vous parlais déjà un peu ici. Puis, je me suis intéressée à son fils, André Stern. Celui-ci n'a jamais été à l'école. Ses parents, cultivés et concernés par l'éducation, lui ont mis entre les mains des outils pour apprendre. Et la passion ainsi que l'enthousiasme ont fait le reste ;-). Voici une courte vidéo où il raconte sa magnifique expérience:

                                            video

Ça donne envie, hein?! Pour voir l'interview en entier c'est ici.

Avant la naissance de mon garçon, j'étais déjà très tentée par l'instruction en famille. Aujourd'hui, c'est un projet qui me tient encore beaucoup à coeur et j'essaie de m'organiser afin de le mener à bien. J'aimerai que nous ayons cette chance là! Mais c'est une autre histoire ;-)!

Oui, oui, on en reparle bientôt :-)!

En attendant, si le sujet vous intéresse, voici quelques titres:
- "Les apprentissages autonomes" de John Holt;
- "Apprendre sans l'école" de John Holt;
- "Et je ne suis jamais allé à l'école." d'André Stern.

Mais n'allez pas croire pour autant que je rejette l'école ;-). Pas du tout bien entendu! On peut y faire des rencontres incroyables et avoir la chance de tomber sur LE professeur qui nous fera confiance et qui nous permettra même de nous dépasser :-)!
Je regrette toutefois que l'école "classique" ne prenne pas plus en compte les données actuelles en matière de pédagogies alternatives...

Ce billet est ma seconde participation au rendez-vous "Les jeudis éducation" organisé par le blog WonderMômes. Le principe? Tous les jeudis (ou presque), on parle "éducation"!
Et voici toutes les autres participations:

Sur le thème des devoirs:
-Les devoirs, les enfants, toussa, toussa: http://www.papa-blogueur.fr/les-devoirs-les-enfants-toussa-toussa
-Les devoirs, une corvée mais pour qui ?: http://wp.me/p3o6Bl-16a

Sur d'autres thèmes: 
-Mon fils est un handicapé invisible: http://wp.me/p5QFh5-uY


Belle journée :-).

8 commentaires:

altahine a dit…

Je conçois très bien ton point de vue tel que tu l'expliques, et j'y souscris même en grande partie (pour moi aussi effleurer A.S.Neill trouvé dans la bibli de ma mère quand j'étais ado, avait été un choc), mais j'aurais tellement à dire que l'espace d'un commentaire n'y suffirait pas...
En tout cas force est de constater que l'on assimile mal ce dont on juge ne pas avoir besoin ou ce qui ne nous intéresse pas/qu'on ne comprend pas : pour parler de mon expérience, moi qui étais une bonne élève et qui adorais les livres (puis le français puis la littérature...) j'ai toujours souffert, de l'école primaire au collège (et même à la fac) de l'apprentissage de la grammaire, à laquelle je ne comprenais rien ou si peu, et pourtant cela ne m'empêchais pas d'écrire d'une manière qui a toujours fait l'admiration de mes instits/profs. Même encore maintenant, j'ai une maîtrise de l'écrit plutôt supérieure à la moyenne, on me le fait parfois encore remarquer, et pourtant sur le plan didactique j'ai des lacunes énormes et dois réviser constamment ce que je suis censée apprendre aux élèves pour éviter les bourdes.
Par ailleurs je m'interroge beaucoup (et avec de plus en plus de pessimisme souvent) sur l'enseignement de la langue (qui du coup me rebute beaucoup) et sa maîtrise depuis que je travaille, sans trouver de réponses satisfaisantes... On en parlera peut-être un jour en privé.

Maman Mammouth a dit…

Pendant ma dernière formation j'ai vu le film "libre enfants de Summerhill"... Je n'adhère pas forcément à tout, mais ça donne à réfléchir... J'ai aussi approché les pédagogies alternatives durant cette formation.

Depuis que je suis maman, tout cela devient plus concret et je suis absolument d'accord avec ce que tu dis. Ici, un peu sans y penser, on favorise les apprentissages autonomes au quotidien. Dans un peu plus d'un an l'école... et ça me fait peur... parce que là bas on en est loin très loin...

Les trois livres que tu conseilles sont sur ma liste de lecture :-)

Merci pour cet article!

Déborah Defaux a dit…

altahine: Merci pour ton témoignage qui est assez révélateur je trouve...
N'hésites pas à faire part de tout ton point de vue ici :-). Je suis sûre que cela intéresserait des lecteurs et j'ai moi-même très envie d'en savoir plus! Je serais ravie d'échanger par mail sinon :-).
Ps: Tes élèves ont bien de la chance de t'avoir!

Maman Mamouth: "Libre enfants de Summerhill" est une référence...maintenant, c'est comme tout, il y a des choses à garder et d'autres pas ;-)!
Je suis allée faire un tour sur ton blog et je vois que l'on a des points communs côté maternage proximal :-)!
À bientôt :-).

activitesmaison a dit…

Passionnant comme toujours ton article Deborah ! Libres enfants de Summerhill, j'ai trouvé ça aussi passionnant, mais c'est comme tout, il faut y prendre ce qui nous convient ! J'ai découvert Stern avec toi et du coup, comme je farfouillais sur le net, j'étais tombée sur l'interview de son fils qui m'avais aussi intéressée ! Charlotte Manson, c'est aussi toi qui me l'a fait découvrir à l'occasion d'un article, j'ai regardé un peu aussi mais je compte bien approfondir. Et puis là, John Holt, ben je connais pas !!! Faut que tu arrêtes de parler de choses intéressantes, ma pile de livres à lire augmente démesurément !!! ;) En ce qui me concerne, mes enfants sont scolarisés et je ne pense pas faire le choix de changer quelque chose parce que ça se passe bien, ils sont enthousiastes, ils aiment être avec leurs copains, donc je ne change pas ça. Mais par contre ça me nourrit pour les autres moments que nous passons ensemble !!!

Déborah Defaux a dit…

Merci pour ce très gentil commentaire Activités Maison :-).
Et effectivement, lorsque nos enfants sont enthousiastes d'aller à l'école, il n'y a pas de raison de changer quoi que ce soit! À bientôt :-)

altahine a dit…

Alors je profite de cet espace que tu m’offres pour commencer par corriger une horrible coquille dans mon précédent commentaire : « cela ne m’empêchaiT pas » !… et j’en profite surtout pour te proposer mes pistes de réflexions, qui n’engagent que moi, et ne sont issues que de mon vécu d’ancienne élève et de prof, et non de sources de référence ni des sciences de l’éducation (bizarrement absentes de notre formation initiale). J’ai l’impression que notre système scolaire est de plus en plus écartelé de toutes parts. Dans la pratique, je crois que (de plus en plus ?) beaucoup de collègues de toutes disciplines, par la force des choses (pour s’adapter à des « publics » de plus en plus « difficiles », comme on dit) essaient d’enseigner de manière à être le plus accessible possible en variant les approches, par le jeu (serious game ou non), par le travail en groupe, en tutorat de pair à pair, par compétences, par projet(s) (trans- ou pluri-)disciplinaires, en faisant appel à la pédagogie inductive, différenciée, etc… Il existe des actions pilotes qui sont ensuite diffusées et recommandées comme « bonnes pratiques » et font ensuite tâche d’huile et provoquent l’engouement au point que parfois tout le monde se met à pratiquer telle ou telle activité… Mais dans le même temps, l’institution elle-même ne favorise pas toujours l’innovation, ou plutôt, nous commande de faire toujours plus et mieux à moyens (horaires notamment) constants. De même certains parents (heureusement pas les plus nombreux parmi ceux qui s’intéressent à la scolarité de leurs enfants) ne sont pas toujours réceptifs à l’innovation et la perçoivent parfois comme une facilité par rapport à de bons vieux cours magistraux à l’ancienne, alors que cela demande souvent plus de travail de réflexion et de préparation. De plus, depuis la création du collège unique, sous couvert d’ « égalité des chances » mal comprise (tout le monde sait que les enfants sont loin de partir à chances égales dans la vie mais aussi qu’il y a bien longtemps que l’école ne remplit plus que rarement son rôle d’ascenseur social – mais sur ce coup elle n’est pas la seule responsable), au fil des années, toutes les voies internes au système qui permettaient de proposer des parcours un tant soit peu aménagés aux enfants en difficultés ont été peu à peu soit dévoyées, soit purement et simplement supprimées (je ne citerai pas d’acronymes car à force de réformes je ne maîtrise même plus les terminologies). Je n’ai ni le temps ni le courage et la patience de rentrer dans les détails, mais les personnes un peu averties dans le domaine comprendront. Autre remarque : on prescrit de plus en plus de travailler et d’évaluer par compétences, mais dans le même temps on maintient un système de notation chiffrée qui par nature est antinomique avec l’évaluation par compétences. Qu’on en attribue l’attachement aux parents, aux élèves eux-mêmes ou aux enseignants (qui dans leur propre scolarité, pour l’écrasante majorité, n’ont connu que ça, or remettre en cause un schéma qui nous a formé n’est pas si facile, on le sait), le fait est là : les notes et les examens (notamment le bac) restent inchangés.

altahine a dit…

J'ai scindé mon commentaire qui était trop long pour être accepté en une fois ^^, voici donc la suite :
Je suis le premier exemple de ce conservatisme (et contrairement à ce que tu dis gentiment, je ne suis pas du tout sûre que mes élèves aient autant de chance que ça de m’avoir): en tant que prof, noter des copies m’a toujours pesé, même avec des exigences et un barème clairs, même sachant que j’évalue non pas des personnes mais des savoir-faire, même en prenant soin au maximum de justifier mes notes par des commentaires que j’espère constructifs (mais ils sont si peu lus… alors qu’ils me prennent un temps fou) et cela me pèse même de plus en plus (plus ou moins selon les années et le profil de mes classes). Pourtant, même en ayant suivi des formations (ou plutôt des informations) sur des façons de faire travailler les élèves sans noter, je ne m’y suis encore jamais mise. Pourquoi ? Peut-être par immobilisme, pessimisme, manque de confiance en moi, difficulté à mener les choses jusqu’au bout, mais aussi parce que changer de système demande une telle somme de travail et d’énergie que cela ne m’engage pas à le faire (surtout en étant une goutte d’eau dans l’océan et risquant de me heurter à l’incompréhension de mes élèves, leurs parents, voire de ma hiérarchie), et que j’ai aussi d’autres centres d’intérêt et d’investissement que mon boulot… Pour ce qui est du vécu des élèves, c’est sûr que l’école leur impose au fil des années de leur scolarité des formatages de tous ordres, qu’on peut déplorer. Je pense en avoir moi-même pâti, en tout cas de ce que me raconte ma mère, au collège j’ai très vite remarqué que j’étais peu interrogée par les professeurs malgré ma main levée consciencieusement et mon attente silencieuse et disciplinée de mon tour de parole. Etant moi-même prof maintenant, force m’est de constater que, même s’il devient rare (selon les établissements) de voir des élèves disciplinés qui lèvent la main pour répondre (quand ils veulent bien ou peuvent répondre), je ne peux tout simplement pas me borner à donner toujours la parole aux mêmes (et pourtant l’expérience montre que malgré tout c’est souvent toujours les mêmes qui interviennent) sans essayer de solliciter au moins un peu les autres. Parmi lesquels on trouve parfois des élèves fort heureux de pouvoir se fondre dans la masse et de se reposer sur le petit groupe qui « sait » (quoi ?), tout comme d’autres malheureux d’y être noyés quand il y a une ambiance de classe malsaine. Pas toujours simple d’ailleurs de les remarquer. Pourtant tous (les meilleurs comme les plus en difficulté comme les plus « banals ») sont des individus à part entière, complexes et uniques, qui méritent qu’on leur accorde du temps, de l’importance, de l’aide pour se réaliser au mieux… mais l’école a aussi, entre ses nombreuses autres, la mission (même si ce n’est pas la plus sympa) d’inculquer qu’on se trouve, dans la vie, bien souvent soumis à des contraintes, des devoirs, des obligations (je parle là de ponctualité, d’assiduité, de respect des uns et des autres) et qu’il faut savoir l’accepter… Bon, ce ne sont que quelques-unes (incomplètes, raccourcies, etc.) de mes réflexions, mais je pense avoir déjà bien assez monopolisé l’espace-temps de ton blog. ;)
En tout cas, je pense (du moins j’espère) qu’avoir des enfants fera de moi au fil du temps une meilleure prof... pour mes futurs élèves.
Bonne soirée et bonne semaine !

Déborah Defaux a dit…

Merci pour cette explication et retour d'expérience! Je comprends tout à fait ton point de vue et je me rends bien compte combien il est compliqué de trouver un juste milieu, un équilibre...
Pour te donner une anecdote, je connais un professeur de maths qui s'est retrouvé dans un collège "difficile". Ces élèves là avaient de très grosses lacunes dans cette matière. Il a alors eu l'idée ingénieuse de créer du matériel sous forme de jeux. Il s'est aussi servi de jeux de société. Les élèves ont rattrapé leur retard et surtout...aimaient les maths! Mais, l'inspecteur est passé et il a demandé à ce professeur de changer de technique et de s'en tenir au programme...sans quoi il serait viré. Du coup il a démissionné...Désolant, non? (Bon, ce prof est finalement devenu réalisateur et cela lui plaît beaucoup ;-)!)

Bon courage pour ta semaine!
À très bientôt Nathalie :-)