lundi 15 juin 2015

Accompagner la colère du tout petit

Comme vous l'aurez sans doute deviné après avoir lu mes précédents billets ("Pleurs et colères des enfants et des bébés", "C'est rien", ou, plus récemment "Les émotions du tout-petit"), le sujet des émotions m'intéresse!

Alors, je me propose d'en parler un peu plus en détails.

Pendant longtemps, être bien éduqué revenait, entre autres, à ne pas montrer ses émotions. Les enfants apprenaient qu’être "grand", c’était rester le plus impassible possible en toutes circonstances. 
La gestion de la colère est un sujet peu abordée chez le tout petit de moins de deux ans. Et pour cause, elle s'en va très vite pour peu que le jeune enfant se sente entendu, explique le Docteur Catherine Gueguen, auteur du livre "Pour une enfance heureuse". (Un livre très très intéressant et que je vous recommande d'ailleurs!).

Mais pourquoi un petit enfant contrôle mal ses émotions?
Les neurones du cortex préfrontal, où s'établit une bonne part du contrôle rationnel des émotions, ne parviennent à maturité qu'au début de l'âge adulte. De plus, chez l'enfant, les connexions qui transmettent les informations entre le cortex et le système limbique sont encore peu développées.
"À 2 ans, l'enfant est soumis à des émotions extrêmement fortes: excitation, joie, colère, peur, qui le submergent et qu'il ne peut réprimer. Crier, punir ne sert à rien sauf à humilier l'enfant, à le mettre en colère contre l'adulte, et à détériorer les relations entre les deux.", précise le Docteur Catherine Gueguen.

Avant d'entrer plus dans le sujet, il me semble important de préciser quelques petites choses et de faire un rappel:
Le jeune enfant ne "fait" pas une colère comme on l'entend très souvent. Il "est" en colère. Son corps tout entier est en colère. C'est une sensation très difficile à vivre pour lui, d'autant qu'il ne sait pas encore très bien l'identifier. Il ne sait pas que la colère partira.
Enfin, pour ce qui est du caprice, Isabelle Filliozat dit joliment: "On appelle caprice ce que le parent ne comprend pas. Mais, derrière ce qu’on appelle le caprice, il y a toujours une vraie raison."

"La colère, outil de la gestion de la frustration, est non pas à gommer, mais à vivre, à sentir en soi, à traverser", nous dit Isabelle Filliozat dans son ouvrage "Au coeur des émotions de l'enfant". Elle poursuit: "Il y a (donc) les colères saines, non violentes, structurantes, et les colères déplacées, excessives, violentes, destructrices. Les premières sont à écouter, les secondes sont à décoder. Toutes sont à respecter, car toutes signalent un besoin."

La colère survient plus vite lorsqu'un besoin n'est pas satisfait. Je pense particulièrement à la faim ou à la fatigue...À cela s'ajoute aussi la douleur en cas de poussées dentaires, l'excitation lors de nouvelles acquisitions, etc.
Et c'est finalement assez "rationnel" de prendre conscience de cela.

Comment accompagner cette émotion chez le tout petit de moins de deux/trois ans?
Il n'y a pas de recettes toutes prêtes. Chaque enfant, chaque parent, chaque contexte est différent.
Dans son ouvrage "Au coeur des émotions", Isabelle Filliozat conclut le chapitre sur le thème de la colère, par cette phrase: "La réponse à la colère, c'est l'écoute, le respect, l'empathie".

Il est essentiel de comprendre qu'il y a une différence de taille entre "écouter une émotion" et "donner satisfaction sur tout".
En effet, Isabelle Filliozat précise bien que ce n'est pas le refus qui fait traumatisme mais l'émotion née de ce refus et qui n'a pu être extériorisée. La colère doit être autorisée pour que la réparation de la blessure ou de la frustration se fasse.

Il arrive régulièrement à Titouan d'éprouver de la colère. Parfois aussi, il lui arrive d'être furieux et en crise, il lui arrive d'avoir des gestes désordonnés. Alors, je le prends dans mes bras et j'accueille sa colère. Je contiens ses coups involontaires qui pourraient lui faire mal ou me faire mal. J'accepte l'émotion et je mets en mot ce qui se passe:
« C’est difficile de… »
« Tu es fâché parce que… »
« Tu as le droit d’être fâché, maintenant je ne peux accepter que tu… ».

"Quand l'adulte propose des mots et demande à l'enfant s'il est d'accord avec ceux-ci, il l'aide à prendre conscience de ce qu'il vit: "As-tu peur? Te sens-tu en colère? Est-ce ben cela?". Et l'enfant confirme ou non son ressenti. Si l'adulte adopte ce langage avec l'enfant, celui-ci fera de même en grandissant et exprimera de mieux en mieux ses ressentis. Il acquerra alors une intelligence émotionnelle indispensable pour réguler ses émotions et créer des relations harmonieuses avec les autres.", extrait de "Pour une enfance heureuse" de Catherine Gueguen.
Une fois la colère exprimée, nommée et signée, nous nous faisons un gros câlin :-). Et je le dirige vers autre chose.
Pour le moment, les colères de Titouan s'arrêtent là et ne demandent rien de plus. Il se sent entendu et passe rapidement à autre chose.
"Les colères fréquentes chez l'enfant petit passent souvent rapidement quand on lui dit et fait sentir que ses sentiments sont compris. Puis lui proposer de regarder ou de participer à quelque chose qui l'intéresse l'aide à sortir de la situation.", explique le Docteur Gueguen.

"Chaque fois que l'adulte rassure, sécurise, console, câline l'enfant en le prenant dans les bras avec une attitude douce, chaleureuse, en prodiguant des gestes tendres, en adoptant un ton de voix calme, apaisant, en ayant un regard compréhensif, il aide l'enfant à faire face à ses émotions et à ses impulsions.
Un comportement parental affectueux a un impact positif considérable sur la maturation des lobes frontaux de l'enfant. Il parviendra alors plus rapidement à  gérer les émotions envahissantes et les impulsions de son cerveau émotionnel et archaïque.", extrait de "Pour une enfance heureuse" de Catherine Gueguen, en lien avec les travaux de Fox S. E.

C’est par la reconnaissance et l’acceptation de nos émotions, et celles des autres, que l'on apprend l’empathie.


Au quotidien, nous avons quelques outils (testés ou en réserve) pour libérer l'énergie de la colère et pour l'accompagner. Ou tout simplement pour faire du bien à notre cerveau ;-)!:

- Se défouler, jouer ensemble:
La colère peut être canalisée lors du jeu notamment. Régulièrement, nous nous défoulons sur le lit avec des coussins, des chatouilles, des cris de joie.
Titouan aime beaucoup aussi: taper dans l'eau de son bain, jouer avec son jeu de marteau, courir, crier, souffler, danser...
Tout cela libère de possibles tensions et apaise.
"Le temps passé à jouer est non seulement un immense plaisir pour l'enfant mais il est en plus bénéfique, en favorisant la croissance neuronale et synaptique et la consolidation de certaines voies neuronales.", précise le Docteur Gueguen.

- Le coussin de la colère:
On pourra également mettre en place un "coussin de la colère" sur lequel on pourra taper, jeter contre le mur et dans lequel on pourra crier. Ce coussin n'aura d'ailleurs que cette fonction et pourra servir à toute la famille. Je le recommande plutôt à partir de 18/24 mois. Je n'ai pas encore testé avec mon garçon.

- Des jeux de relaxation:
De temps en temps, je propose à Titouan des jeux de relaxation. Je le fais aussi participer à mes séances de "Yoga". Pour le moment, il n'y est pas encore très réceptif ;-).
Les balles anti-stress peuvent également être exploitées.
Les massages sont formidables également! Je vous en parlais déjà ici.

Et qu'en est-il de notre colère à nous, adultes?
Le tout-petit nous observe pour se construire et prend modèle sur nous. Alors, si nous avons tendance à nous mettre facilement en colère, il est fort probable pour que notre enfant fasse de même ;-).
Par ailleurs, il peut également nous arriver de nous mettre en colère et d'éprouver des difficultés à la gérer. Dans ce cas, nous ne devons pas hésiter à exprimer notre ressenti et dire: "Je suis énervée car...", tout en précisant à notre enfant que ce n'est pas contre lui. Enfin, une fois le calme revenu, on pourra tout à fait expliquer à notre enfant que nous aurions pu agir autrement et gérer notre colère de telle ou telle manière. Et essayer d'y arriver la prochaine fois que cela nous arrive ;-). Ainsi, notre enfant s'aperçoit que les adultes aussi ont leurs propres émotions, leurs limites et qu'ils essaient de s'améliorer pour le bien-être de tous.
Lorsque la colère nous submerge, plusieurs possibilités s'offrent à nous. On pourra inspirer/expirer, plusieurs fois par exemple. Lorsque cela m'arrive, j'explique à Titouan ce que je fais: "Je respire profondément, plusieurs fois, pour me calmer. J'inspire...J'expire, etc." Ainsi, le jeune enfant observe l'adulte et prend exemple sur lui, sur sa gestion des émotions.

Et nos disputes d'adultes?
Les parents ne peuvent pas toujours être au diapason et ils ont tout à fait le droit de faire valoir leurs différences d'opinion.
"Si l'enfant voit ses parents échanger, avoir des points de vue différents et, malgré cela, s'écouter, témoigner de l'empathie et du respect l'un pour l'autre, l'enfant aura des relations beaucoup plus harmonieuses avec ses pairs. 
Quand l'adulte adopte cette façon d'être et ce langage empathique avec l'enfant, l'enfant fera de même en grandissant. L'ambiance à la maison devient harmonieuse, chacun a une place, peut exprimer ses souhaits et être entendu. C'est un grand facteur d'épanouissement chez l'enfant.", explique Catherine Gueguen.

Des albums pour parler de la colère?
Il est parfois intéressant d'utiliser le livre comme médiateur. Il peut amener la discussion et permettre à notre enfant de se sentir moins seul dans ce qu'il vit.
Je cherchais un album pour Titouan, sur le thème de la colère. Je le souhaitais accessible à un moins de deux ans et sans animaux personnifiés! Eh bien, le choix est maigre...voire inexistant! Certains énumèrent toutes les émotions tels que "Aujourd'hui je suis..." ou "Ça va mieux!" mais je n'en n'ai pas encore trouvé qui racontent une véritable histoire ayant pour thème la colère... Et vous?

Pour les plus âgés, à partir de 3 ans, vous trouverez bien:

- Grosse colère, de Mireille d'Allancé.
Cet album est souvent conseillé. C'est d'ailleurs pour cela que je vous en parle :-).
Or, je le trouve plutôt étrange ^^. En effet, la "grosse colère" est symbolisée par une sorte de gros monstre tout rouge. Cela peut être assez impressionnant pour un jeune enfant.

- La colère du dragon, de Philippe Goossens et Thierry Robberecht.
De nombreux spécialistes de la petite enfance, le recommande. Je ne l'ai pas encore lu!

- Les colères, de Catherine Dolto.
Ce livre explicatif capte bien l'attention des enfants et explique plutôt bien ce qui se passe à l'intérieur de soi. C'est un livre qui invite à la discussion et à l'échange.

Mais il faudra donc que j'attende encore avant de les lire à Titouan (15 mois)!

Et vous? N'hésitez pas à contribuer à l'article en le commentant!

3 commentaires:

altahine a dit…

Nous avons ici testé deux ou trois fois le coussin de la colère avec notre garçon, et j'ai l'impression que ça l'a aidé à se calmer. Comme tu l'expliques bien, en réalité dès qu'on reconnaît son sentiment cela passe assez vite. Par ailleurs, à 17 mois, un tas de petits tracas peuvent aussi faciliter la survenue de colères (dents, envies de tester ses nouvelles capacités versus interdictions sécuritaires à intégrer...)
J'ai repéré un livre qui s'appelle Colère, tu m'énerves, avec une petite marionnette à l'intérieur, mais j'hésite encore un peu à le commander... le principe a l'air pas mal, mais c'est encore référencé pour des enfants à partir de 3 ans... à voir.
Dernière chose, je suis convaincue qu'effectivement, avoir une dépense physique régulière (et bien dormir) aide beaucoup les petits à se défouler et à se sentir plus zen. Chez nous les colères arrivent plus souvent quand les enfants sont fatigués ou que la pluie nous interdit leur promenade quotidienne d'une heure (durant laquelle ils vont notamment voir les poules ^^ et plein d'autres trucs).

Déborah Defaux a dit…

Je vais peut-être essayer le coussin de la colère alors! Enfin pour le moment je n'ai pas eu l'occasion, les colères ne durent pas longtemps mais ça va forcément arriver un jour ou l'autre!
Tu as complètement raison lorsque tu dis qu'un tas de petits tracas peuvent aussi faciliter la survenue des colères! Je vais d'ailleurs ajouter cela dans le billet!
Merci beaucoup de ton retour d'expériences :-)
Belle journée à toi Nathalie :-)

Anonyme a dit…

Bonjour,

J'ai un petit loup de 2,5 ans et je suis en quête depuis un bon moment déjà de livres traitant des émotions. Je me suis dit que je ferais bien un petit livre moi-même sur les émotions (7,50€)sur un site d'album photos où l'on peut customiser ses livres (texte et photo). J'ai également trouvé ceci: (on peut l'acheter tout fait ou éventuellement faire ses propres cartes) http://papapositive.fr/cartes-creatives-pour-inventer-des-histoires-et-grandir-en-confiance/
J'ai d'autant le souci que mon petit loup ne parle pas encore alors, j'aimerais vraiment qu'il puisse palper ses émotions par des images pertinentes. Surtout qu'il se fait une joie de découvrir un tas de livres qu'il épluche plus ou moins longuement à plusieurs moments de la journée.

Bonne journée ...

PS J'ai découvert votre site il y a quelques jours, très sympa. J'étais entrain de remettre en question justement mon stress car mon fils ne parle pas encore, cela m'a permis de relativiser et de me dire que certaines choses doivent se faire en son temps, que je dois juste me soucier de l'aménagement, de l'ambiance et de la mise à disposition d'outils "adéquats" qui l'interpelleront ou pas. Je trouve vos propos justes et pertinents. Merci